L'exposition Léonard de Vinci au Louvre

La peinture comme science

Par
Caroline Chaine -
Publié le 28/10/2019

Cinq cents ans après la mort de Léonard de Vinci (1452-1519), le Louvre présente une remarquable exposition sur cet infatigable curieux. Avec une extraordinaire liberté graphique, il part à la recherche de la vérité du monde avec la peinture, qu’il élève au rang de « science divine », seule capable de le recréer.

Portrait d'une dame de la cour de Milan

Portrait d'une dame de la cour de Milan
Crédit photo : RMN-GP/M. URTADO

Après 10 ans de recherche, avec un retour aux textes, dont la biographie publiée en 1550 par Vasari et de nouvelles traductions de ses écrits, les résultats des analyses scientifiques et des restaurations réalisées ces dernières années, les deux commissaires, Vincent Delieuvin et Louis Frank, présentent dans un parcours chronologique et thématique 162 œuvres du maître, dont 11 tableaux sur les 15 qu’on lui connaît, grâce aux prêts des plus grandes institutions internationales.

Né à Vinci, Léonard entre en 1464 à Florence dans l’atelier d’un des plus grands sculpteurs de son temps, Andrea Verrocchio. Il apprend à maîtriser l’espace et la forme révélés par la lumière alors que son maître travaille à la statue du Christ et de saint Thomas pour l’église Orsanmichele. Il retranscrit dans ses « Draperies » monochromes le clair-obscur observé sur des reliefs de terre recouverts de draps imprégnés d’argile. La découverte des premiers portraits flamands de trois quarts et à l’huile lui permet aussi d’élargir l’espace. Cette transition est manifeste lorsque l’on observe successivement « l’Annonciation » et « la Madone à l’œillet ».

Puis il part à la recherche du mouvement avec une grande liberté. Avec ce qu’il appelle, la « composition inculte », son dessin tumultueux au charbon déforme l’anatomie, rature, superpose, et ce travail de création qui excite son imagination se poursuit même sur la toile. Les réflectographies infrarouges de tous ses tableaux sont exposées et mettent en évidence le premier jet, les repentirs et même les premiers moments de la peinture, très visibles dès les deux Madones, au chat et aux fruits. Cette liberté créatrice, qui pour lui n’a pas de fin, le pousse à l’inachèvement de ses toiles, comme en témoigne le « Saint Jérôme », jusqu’à devenir une des caractéristiques de son œuvre.

Une ère moderne

À la fin des années 1480, Vinci aborde une approche scientifique pour questionner le monde, la nature, la botanique, les astres, la zoologie, l’optique… Il veut comprendre l’intériorité de la vie. Ses nombreux dessins de gaucher sont largement annotés de droite à gauche et  c’est avec une très grande modernité qu’il transpose ses recherches dans ses tableaux dès « la Cène » de Milan puis dans « Sainte Anne » (photo), « Salvator Mundi », « Saint Jean Baptiste », « la Joconde » (qui est restée dans la salle des États du Louvre restaurée), « la Bataille d’Anghiari », qui le confrontait à « la Bataille de Cascina » de Michel-Ange. C’est le temps du fameux sfumato, le passage des formes d’un espace à l’autre sans réelle transition, que permet la peinture à l’huile.

De Florence à Milan puis la France, en 1516, où il est invité par François Ier, Léonard de Vinci considère la peinture comme une vraie science. Elle lui permet d’ouvrir une ère moderne, qui surpassa pour ses contemporains la noblesse de l’antiquité et qui fait de lui aujourd’hui le plus célèbre représentant de la peinture européenne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jusqu'au 24 février, www.louvre.fr. Réservation obligatoire d'un créneau de visite sur www.ticketlouvre.fr

Caroline Chaine

Source : Le Quotidien du médecin