À Paris et Giverny

La génération des prophètes

Par Caroline Chaine
- Mis à jour le 15/07/2019
Art-Filiger

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Crédit photo : COLL. PARTICULIÈRE/FLORENT CHEVROT

ART-AUBURTIN

ART-AUBURTIN
Crédit photo : COLL. PARTICULIÈRE/FRANÇOIS DOURY

« Les nabis et le décor » : le musée du Luxembourg (1) consacre une exposition à ces pionniers du décor moderne que sont Bonnard, Vuillard, Maurice Denis, Sérusier ou Ranson. Avec une bonne partie des commandes privées qui leur ont été faites, malgré leurs fragilités.

C’est au sein de l’Académie Julian que le groupe Nabi se constitue en 1888. Autour de Paul Sérusier, qui vient de réaliser avec des taches de couleurs « le Talisman », sous la dictée de Gauguin et non en copiant « le Bois d’amour ».

Ces « prophètes » (signification du mot hébreu nabi), Paul-Élie Ranson, Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Maurice Denis, au-delà de leur inspiration prise dans la vie moderne, s’engagent dans un art total et décoratif inspiré du mouvement Arts and Craft anglais. Ils quittent la toile pour les murs, la tapisserie, le vitrail, la céramique. Bonnard et Denis choisissent les arabesques pour les femmes peintes dans un décor végétal, Vuillard les jardins publics pour son ami Natanson. Pour le cardiologue Vaquez (de la maladie éponyme), il le représente absorbé sur les murs de son salon avec des taches sombres.

Deux expositions vont renforcer le goût des nabis pour le décor. Celle de Siegfried Bing en 1895, associant artistes et artisans et qui se présente comme une pièce d’un appartement dans sa Maison de l’Art nouveau. Et celle de la gravure japonaise en 1890, qui révèle des formes simples, décoratives aux couleurs vives.

Certains de ces peintres ont une approche spirituelle ou ésotérique. Une forêt magique pour Sérusier dans la salle à manger de son ami le sculpteur Georges Lacombe. La croix du Christ dans des scènes de chasse à courre pour Maurice Denis avec « la Légende de saint Hubert ».

Un ami de Gauguin

La galerie Malingue (2) présente quant à elle, grâce à des prêts de musées, 80 œuvres du peintre alsacien méconnu Charles Filiger (1863-1928), redécouvert à la fin des années 1940 par André Breton.

Après des études à l’Académie Colarossi, Charles Filiger passe l’essentiel de sa vie en Bretagne, isolé du fait d’un profond état dépressif. À Pont-Aven, il se lie avec Gauguin, un de ses fervents soutiens avec plusieurs écrivains symbolistes, dont Rémy de Gourmont.

Après des débuts pointillistes, des portraits aux contours cernés, des paysages aux lignes ondulantes, l’inspiration religieuse prédomine, avec un goût marqué pour les primitifs italiens. L'artiste évolue ensuite vers des compositions colorées en mosaïques à partir de cercles et de carrés, « en quête d’une perfection et de son détachement des choses matérielles ».

Une rencontre artistique

À Giverny, le musée des impressionnismes fait dialoguer les œuvres de Monet et d'Auburtin. Jean-François Auburtin (1866-1930), qui a réalisé de grands décors, en particulier à la Sorbonne et au Conseil d’État, est invité à Giverny chez le maître des lieux, Monet, son aîné de 30 ans. Les deux artistes ont peint les mêmes paysages et parfois les mêmes sites de la Côte d’Azur, d’Étretat, de Varangéville. Pour la commissaire Géraldine Lefebvre, Auburtin « célèbre l’aspect grandiose du site naturel et préfère rendre les mouvements de terrain, le tellurisme des roches millénaires plutôt que de capter les variations atmosphériques ou le clapotement furieux des vagues » à Belle Île. Deux visions de la nature, entre impressionnisme et symbolisme. 

 

(1) Jusqu’au 30 juin, www.museeduluxembourg.fr

(2) Jusqu’au 22 juin, www.malingue.net

(3) Jusqu’au 14 juillet, www.mdig.fr