Des expositions à Paris

Invitations au voyage

Par
Caroline Chaine -
Publié le 19/12/2019

Invitations au voyage : Naples, avec le peintre Luca Giordano au Petit Palais. Vienne, avec l'architecte Otto Wagner à la Cité de l'architecture & du patrimoine. Les Cornouailles avec la sculptrice Barbara Hepworth au musée Rodin.

Saint Janvier par Giordano, 1660

Saint Janvier par Giordano, 1660
Crédit photo : MUSEE DE CAPODIMONTE, NAPLES

Le Petit Palais (1) présente la première rétrospective en France du peintre napolitain baroque Luca Giordano (1634-1705).

À Naples, Giordano se forme dans l’atelier de son père en faisant des copies de Dürer et des grands artistes du siècle, Titien, Corrège, Reni. Il assimile à une vitesse stupéfiante leurs innovations, ce qui lui vaudra plus tard le surnom de « Luca fa presto » (« Luca fait vite »). À Rome, il fait de même avec le classicisme de Poussin et le baroque de Pierre de Cortone, mais Rubens reste sa référence, avec une peinture lumineuse, colorée, spectaculaire. Ainsi à son retour dans les grandes compositions enlevées des églises napolitaines, et malgré la présence de nombreux personnages, il brouille la frontière entre le ciel et la terre. Mais la ville est aussi très marquée par le naturalisme sombre de Ribera, d’origine espagnole et héritier du Caravage.

Un grand mérite de l’exposition est de présenter aussi des sujets identiques réalisés à Naples à la même époque par d'autres artistes. Ainsi, pour Saint Sébastien, Ribera reprend de la peinture vénitienne une ouverture vers le ciel, Mattia Pretti est plus émotionnel et Giordano plus dramatique.

Les années 1650 marquent la transition du ténébrisme vers le baroque. Un dialogue entre les personnages, comme le « Saint Janvier intercédant pour la cessation de la peste de 1656 » qui emporte la moitié de la population de Naples (photo).

À la demande de Philippe IV, Giordano part pour l’Espagne pour décorer l’Escurial. Un retour au classicisme se fera à Naples à la fin du siècle, mais c’est Giordano qui sera copié par Hubert Robert et Fragonard lors de leur séjour à Naples un siècle plus tard.

L'architecture moderne

Saison viennoise à la Cité de l'architecture & du patrimoine (2), avec en vedette Otto Wagner (1841-1918), maître de l'Art nouveau, figure majeure de l’architecture européenne, par ses réalisations et par ses écrits. Architecte et ingénieur, il veut une « architecture moderne », reflet du monde contemporain, loin de l’historicisme du Ring qui se construit à Vienne dans les années 1860. Il donne à la ville une nouvelle identité avec les façades, « la peau du bâtiment », des immeubles de rapport qu’il décore.

Wagner est professeur à l’Académie des Beaux-Arts, ses élèves deviendront ses collaborateurs. Joseph Olbrich et Josef Hoffman rejoignent la Sécession fondée par Klimt en 1897, répondant à sa devise « À chaque époque son art, à l’art sa liberté ». Lui adhérera au groupe en 1899. Théoricien de l’architecture, ses idées ont un retentissement jusqu’aux États-Unis. Le Wien Museum, partenaire de l’exposition, présente un grand nombre de ses dessins.

Dans « la Grande Ville » (1911), il se révèle urbaniste visionnaire avec son projet de transport urbain reliant le centre à la périphérie de la ville. A Vienne demeurent de son œuvre les infrastructures du métro, la Caisse d'épargne, seul édifice public qu’il ait construit, et l'église Saint-Léopold du Steinhof.

À voir aussi jusqu’au 16 mars à la Cité de l'architecture les « Trésors de l'Albertina », une centaine de dessins d’architecture de la prestigieuse collection de l'Albertina Museum de Vienne, de la Renaissance à nos jours, d'Antonio Pisanello à Zaha Hadid en passant par Borromini, Frank Lloyd Wright…

Des sculptures poétiques

Au musée Rodin (3), Barbara Hepworth (1903-1975), figure majeure de la sculpture anglaise du XXe siècle, qui, avec ses œuvres pures et poétiques, « projette dans un médium plastique un peu de la vision abstraite et universelle de la beauté ». Son travail poétique se fait sur les volumes et les formes, les vides et les pleins.

Mariée avec le peintre Ben Nicholson, Barbara Hepworth, dans les années1930, rencontre en France Mirò. Calder, Brancusi, Arp, avec qui elle expose, mais aussi Picasso, Braque, Mondrian. Installée dans les Cornouailles à la fin des années 1930, elle est influencée par la nature. De géométriques à ses débuts, en taille directe, ses sculptures deviennent plus organiques. Sa sculpture silencieuse est pour elle une manière inconsciente d’exprimer sa foi dans la vie. Après 1945, elle connaîtra une reconnaissance internationale.

Avec l’évocation de son atelier, des photos, des peintures et de nombreuses sculptures dans divers matériaux, bois, bronze, ardoise, l’exposition, présentée en collaboration avec la Tate, donne à voir l’ensemble de sa carrière. Contemporaine d’Henry Moore, son compatriote et compagnon d’étude, elle retrouve ainsi sa place.

(1) Jusqu'au 23 février, petitpalais.paris.fr

(2) Jusqu'au 16 mars, citedelarchitecture.fr

(3) Jusqu'au 22 mars, musee-rodin.fr

 

Caroline Chaine
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Source : Le Quotidien du médecin