Au Centre Pompidou

Dora Maar enfin reconnue

Par
Caroline Chaine -
Publié le 27/06/2019
Art-Dora Maar

Art-Dora Maar
Crédit photo : CENTRE POMPIDOU/P. MIGEAT/RMN-GP

Le Centre Pompidou (1) présente jusqu'au 29 juillet une grande rétrospective Dora Maar (1907-1997), avec plus de 500 œuvres et documents qui montrent tous les volets de son travail, au-delà de sa relation avec Picasso.

Après des études d'arts appliqués, la jeune femme choisit la photographie et rencontre, dans les années 1930, un grand succès. Associée dans son studio, elle travaille pour les magazines de mode et la publicité. Elle met aussi son talent au service des oubliés des rues, à Paris, Londres, Barcelone, ce qui ne l'empêche pas d'être séduite par la magie de ces villes.

Proche des surréalistes, Dora Maar expose avec eux ses photomontages (photo). C’est alors qu’elle rencontre Picasso, qui travaille sur « Guernica ». Elle photographie toutes les étapes de la création de l'œuvre et commence à peindre avec lui sur des clichés verre. Après leur rupture, elle se consacre à la peinture.

À la fin des années 1980, elle rejoue en quasi secret la réconciliation de la photo et de la peinture qu’elle avait pratiquée avec Picasso. Après son décès, lors d'une vente qui attire les collectionneurs avides de souvenirs de Picasso, on découvre ses dessins, paysages et abstractions. Une reconnaissance en demi-teinte.

La préhistoire qui inspire

Au Centre Pompidou (1) également, jusqu'au 16 septembre, « Préhistoire, une énigme moderne ». Comment la préhistoire, découverte au XIXe siècle grâce aux études de stratigraphie des sols, a influencé les artistes jusqu’à aujourd’hui, tant par ses formes que par l’imaginaire qu’elle véhicule.

Les formes hallucinatoires des « Origines » de Redon et la minéralité de Chirico, Max Ernst, Fontana, Dubuffet renvoient à un avant sans humain. La découverte des Vénus datant de 26 000 avant J.-C., dont celle de Lespugue, s’inscrit dans un univers de renouveau des formes chez Miro, Moore, Arp, Bourgeois, Beuys. Les tableaux anthropomorphes d’Yves Klein évoquent les peintures rupestres, tout comme les graffitis de Brassaï. Les frères Chapman comme les BD et les films de science-fiction reprennent les dinosaures. Les dolmens du néolithique sédentaire sont à rapprocher du Land Art de Richard Long, les photogravures de Tacita Dean des paysages géologiques et les structures lacunaires de Penone se situent entre le passé et le futur. Beaucoup a été dit sur l’inspiration des cultures primitives dans la modernité, il faut y ajouter la préhistoire.

Le défenseur des « arts lointains » 

Des cultures primitives, le critique d'art et éditeur Félix Fénéon (1861-1944) est l'un des promoteurs incontournables. Il collectionne et défend les arts non occidentaux en tant que directeur de la galerie Bernheim-Jeune. Dans sa revue « le Bulletin de la vie artistique », il est le premier à se demander « Seront-ils admis au Louvre ? ». Anarchiste, il avait été aussi le premier à s’engager pour le néo-impressionnisme de Seurat et Signac, les fauves et les futuristes.

Sa collection, dont la fameuse statue fang Mabea du Cameroun (vendue 4,3 millions d'euros en 2014), est présentée au musée du Quai Branly (2) jusqu'au 29 septembre. Et son combat pour les avant-gardes sera à la rentrée au musée de l’Orangerie (« Félix Fénéon - Les temps nouveaux, de Seurat à Matisse », à partir du 16 octobre). Un regard artistique sans frontière !

 

(1) www.centrepompidou.fr

(2) www.quaibranly.fr

 

Caroline Chaine

Source : Le Quotidien du médecin: 9761