Un spectacle en partie en langue des signes

Dialogue d’émotions

Par Armelle Héliot
Publié le 07/03/2019
- Mis à jour le 15/07/2019

À la Manufacture des Abbesses, très bonne adresse de la création théâtrale, se donne en ce moment, en toute modestie, un spectacle bref et touchant. « Edna, délinquante » est l’adaptation d’un roman pour la jeunesse qui s’intitule « Délinquante ». L’auteur en est Martine Pouchain, que l’on connaît pour ses livres jeunesse et qui est par ailleurs scénariste. Le projet tient à l’intérêt d’Annie Mako, qui a conçu le spectacle et dirige les deux comédiennes, pour la langue des signes, qu’elle a apprise et pratique sans cesse.

L’argument d’« Edna délinquante » est ténu. Il parle d’une adolescente qui a pris l’habitude de chaparder, car cela lui procure un certain ascendant sur ses camarades, surtout les garçons, et qu’elle a pris goût aux petites montées d’adrénaline qui vont avec ses gestes de voleuse… Ira-t-elle trop loin à cause d’une rencontre trop séduisante ?

Pas très moral, tout cela, direz-vous ! Mais comment ne pas s’attacher à cette jeune fille, incarnée, sur le plateau, par deux interprètes. Une très forte personnalité, Julia Pelhate, artiste sourde-muette qui s’exprime en langue des signes, présence, humour, jeu très expressif, elle est vraiment épatante. À ses côtés, une jeune comédienne très fine et déliée, qui elle aussi exprime beaucoup : avec les mots, mais pas seulement. Cécile Morelle a beaucoup de grâce, elle est aiguë, douce, précise.

Dans un décor léger, avec un écran et des projections de photographies et de vidéo, des lumières de Ladislas Rouge, les deux actrices s’inscrivent en un duo d’émotions profondes, sous la férule souple d’Annie Mako. Ses intentions, ses déclarations, ses analyses du projet sont un peu lourdes : le spectacle parle de lui-même, si l’on ose dire. Un moment bref, cohérent, à découvrir.

Manufacture des Abbesses, jusqu'au 23 mars. Du mercredi au samedi à 19 heures. Durée 55 minutes. Tél. 01.42.33.42.03, www.manufacturedesabbesses.com

Armelle Héliot

Source : Le Quotidien du médecin: 9730