Saxophone, flûte, piano

Des femmes de caractère

Par
Didier Pennequin -
Publié le 24/03/2020
Depuis plus d'une décennie, les jazzwomen bousculent le monde jusque-là très masculin – sauf pour les chanteuses – du jazz. Surtout grâce à la nouvelle génération.

* Il y a deux ans, les amateurs avaient pris congé de Sophie Alour avec « A Time For Love », un répertoire consacré aux standards. Aujourd'hui, la saxophoniste/flûtiste, compositrice et meneuse d'hommes propose un nouvel horizon musical avec son dernier projet, « Joy » (MusicFromSource/L'Autre Distribution). Très tourné vers l'Orient, tout en conservant des accents jazzy, il fait appel à des musiciens comme, invité de marque, Mohamed Abozekry (oud/chant). Cette création, qui avait vu le jour au festival Jazz sous les Pommiers en mai 2019, permet à la leader de s'affirmer comme une instrumentiste talentueuse et expressive dans les soli. Entourée de précieux accompagnateurs, la saxophoniste-ténor explore ainsi des terrains musicaux inédits, autant de grands espaces au confluent de deux cultures.

* À propos de confluent, Ludivine Issambourg a toujours situé sa musique aux frontières du jazz, de l'électro jazz, du funk, de la soul, du R&B voire du hip-hop et des machines, avec son groupe Antiloops. Flûtiste et défricheuse sans véritable passeport, la jeune femme, qui officie également dans diverses grandes formations, possède, pour l'expression de son style, plusieurs sources d'inspiration. Dont son alter ego américain Hubert Laws. Âgé de 80 ans, héritier direct d'Eric Dolphy et Herbie Mann, il fut dans les années 1970 un des pionniers d'un mix entre jazz, pop, funk, R&B et autres musiques groovy et binaires, avec un certain succès commercial.

C'est à ce musicien très samplé dans le hip-hop et par les DJ's que Ludivine Issambourg a voulu rendre hommage dans son nouveau CD, « Outlaws » (Heavenly Sweetness/L'Autre Distribution). Pour s'immerger dans le répertoire de celui qui a accompagné aussi bien Chick Corea, Herbie Hancock que Paul McCartney et Aretha Franklin, elle s'est entourée de solides partenaires, Éric Legnini et Laurent Coulondre (claviers), Julien Herne (basse), Stéphane Huchard (batterie). Une musique des plus vivifiantes, très rythmée, pleine de groove musclé et de mélodies funky enlevées par une flûtiste qui sonne comme à l'époque. Un brin de nostalgie.

* L'ex-Nouvelle France nous réserve toujours des surprises. Dernière en date, Emie R(ioux)-Roussel. La claviériste originaire de Montréal, qui dirige depuis une dizaine d'années un trio très soudé – Nicolas Bédard (contrebasse/basse) et Dominic Cloutier (batterie) –, croule sous les distinctions au Canada et devait se faire connaître dans l'Hexagone.

C'est chose faite avec son 5e disque, « Rythme de passage » (UniMusiq/L'Autre Distribution). À l'image des pianistes de sa génération, elle puise pour son inspiration un zeste chez Keith Jarrett, une grosse pincée chez Brad Mehldau et surtout l'essentiel chez le trio EST. La référence implicite aux Suédois n'échappe pas à l'écoute de l'album, même si la recherche d'une réelle originalité existe à travers des compositions personnelles mélodieuses.

Pour les voyageurs, ils sont prévus le 3 septembre à la 35e édition du festival de jazz de Rimouski, au Canada.

 

Didier Pennequin

Source : Le Quotidien du médecin