Trois expositions

Des cœurs à Paris, Matisse à Nice, Kentridge à Villeneuve-d'Ascq

Par
Caroline Chaine -
Publié le 27/02/2020
Des surprises. L’art contemporain dans un des temples du romantisme à Paris, le musée de la Vie romantique. Mais il s’agit de cœurs ! Au Musée Matisse de Nice, 84 sculptures du maître réalisées entre 1900 et 1950. Au LaM de Villeneuve-d'Ascq, la première rétrospective en France de l'artiste sud-africain William Kentridge, qui se penche notamment sur l'Apartheid et l'histoire de l'Afrique.
Niki de Saint Phalle, « My Heart », 1965

Niki de Saint Phalle, « My Heart », 1965
Crédit photo : ADAGP

Avec l'exposition « Cœurs. Du romantisme dans l'art contemporain », le musée de la Vie romantique (1) explore les prolongements du romantisme dans l’art contemporain, en résonance avec ses collections.

La représentation du cœur en forme triangulaire échancrée dans sa partie haute doit plus à la feuille de lierre qu’à son anatomie. Elle ne se fane jamais, elle est donc éternelle. Le motif est dans les dessins de perles de Jean-Michel Othoniel, dans le cœur voluptueux, tourmenté, de Jim Dine pour un amour non partagé, en fil d’acier pour Luise Unger.
Le cœur est une source d'inspiration pour les artistes. Niki de Saint Phalle recouvre le sien de collages qui évoquent son univers. Il est symbole de l’amour et d’une communion physique et spirituelle pour Pierre et Gilles, brisé dans le filet de pêche naufragé d’Annette Messager. Il représente peut-être des sentiments aléatoires comme dans le jeu de cartes de Vincent Olinet. Il est souvenir dans les photos de graffitis d’amoureux de Claude Nori sur la plage ou à Vérone devant la maison de Romeo et Juliette. Il est même éternel, plus fort que la mort, dans le crâne renversé de Gilles Barbier.

Le cœur est aussi mystique dans les tableaux religieux du peintre romantique Ary Scheffer (1795-1858), dont le musée était la résidence. Il y recevait entre autres Delacroix, Chopin et sa voisine Georges Sand, dont les bijoux voisinent avec le « Corazón » (2017) d’Agatha Ruiz de la Prada. La visite se poursuit ainsi dans le musée et les 40 œuvres des trente artistes sont au diapason avec les cœurs littéraires et musicaux du lieu.

Sculpter comme peindre

À Nice, en son musée (2), « Matisse - Métamorphoses » en 120 œuvres. Tout au long de sa vie (1869-1954), le peintre a associé la sculpture à sa peinture. Laquelle dialogue avec les tableaux, dessins, gravures, gouaches découpées et la collection de sculptures extra-occidentales que lui et son fils Jean ont donnée au musée.

À la fin de sa vie, Matisse qualifiait ses sculptures de « complément d’études », en soulignant qu’il avait « fait de la sculpture comme un peintre ». Ses sources d’inspiration sont Rodin, Michel-Ange, l’Antiquité et aussi des photos de magazine. Avec la reprise du même motif dans les séries — «Nu couché (I-III) », « Jeannette (I-V) » et « Henriette (I-III) » —, il explore le processus de création et passe du naturalisme à une certaine abstraction. La série des « Nus de dos (IIV) » s’est étalée sur plus de vingt ans. La sinuosité, pour lui « l’arabesque », se trouve réduite à l’essentiel. Une méthode qu’il appliquera à partir des années 1930 à sa peinture en faisant des photos des différents états. Et c’est en cela que la pratique de la sculpture a largement contribué à l’élaboration de sa méthode pour la peinture.

Une œuvre polymorphe

« William Kentridge - un poème qui n'est pas le nôtre », ainsi s'intitule la rétrospective présentée au LaM, à Villeneuve-d'Ascq (3). L’atelier de Kentridge, né en 1955, « est l’équivalent des idées qui (lui) tournent dans la tête ». Un foisonnement où se mêlent les sciences politiques, l’histoire de l’art, le théâtre et le mime. Il en résulte une œuvre polymorphe, onirique, politique et humaniste, marquée par l’Apartheid et les migrations.

Il commence avec des dessins au fusain et associe le cinéma, la mise en scène, la tapisserie. Les réfugiés fuyant la guerre dans un panorama de plus de cinq mètres (Arc/Procession, 1989) évoquent une histoire de l’Afrique. Il commémore le centenaire de la Première Guerre mondiale par un hommage aux millions d’Africains impliqués dans un conflit entre les puissances coloniales européennes (« The Head & the Load »). L’installation « O Sentimental Machine 2015 » fait référence à̀ une phrase de Trotski : « Les hommes sont des machines sentimentales mais programmables ». Dans « Ubu Tells the Truth » inspiré d’« Ubu Roi » d’Alfred Jarry, il dénonce les violations des droits de l’homme. À tous ses sujets, il donne une vision universelle.

(1) Jusqu'au 12 juillet, www.museevieromantique.paris.fr

(2) Jusqu’au 4 mai, www.musee-matisse-nice.org

(3) Jusqu'au 5 juillet, musee-lam.fr

Caroline Chaine

Source : Le Quotidien du médecin