Deux comédies, « le Jour qui vient » et « Bigre »

Démêlés sentimentaux

Par Armelle Héliot
Publié le 20/06/2019
- Mis à jour le 15/07/2019
Théâtre-Le jour qui vient (L)

Théâtre-Le jour qui vient (L)
Crédit photo : CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE

Théâtre-Le jour qui vient (H)

Théâtre-Le jour qui vient (H)
Crédit photo : CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE

D’un côté, des débutants, de très jeunes talents et c'est « le Jour qui vient ». De très beaux échanges, entre Marivaux et Rohmer, délicatement composés par Christian Giudicelli et mis en scène par Jacques Nerson. De l’autre la reprise d’un spectacle exceptionnel que l’on peut revoir sans lassitude et qu’il faut découvrir d’urgence si on l’a raté les saisons précédentes. C’est « Bigre »,par Pierre Guillois et ses amis Agathe L’Huillier et Olivier Martin-Salvan, qui ont imaginé avec lui ce « mélo burlesque » sans aucun dialogue, mais très éloquent. Quelquefois, d’autres comédiens viennent en renfort. Nous avons applaudi Jonathan Pinto-Rocha dans la partition de Martin-Salvan et il est parfait.

Christian Giudicelli avait composé « le Jour qui vient » (1) pour une promotion du cours d’art dramatique que dirigeaient alors ensemble Anne-Marie Philipe et Jacques Nerson. Aujourd’hui, sept comédiens venus d’horizons très différents incarnent les personnages imaginés par l’auteur de romans (« les Spectres joyeux », Gallimard 2019) et de pièces de théâtre (« Tour de piste », Gallimard, 2012).

Au cœur du groupe, il y a une aînée, la cinquantaine, Muriel Gaudin, comédienne excellente, et six jeunes gens que l’on ne connaît pas, dans la chaleur de l’été. Il y a deux amies, l’une est infirmière, Marlène Génisse, l’autre est comédienne, Marie Nègre. Il y a Léa, Léa Dauvergne, agrippée à son vélo et à ses rêves. Une fugueuse qui se reconnaît en celui qui dit venir de très loin, Angelo Pattacini. L’aînée se laisse séduire par un jeune homme, Mélik Dridi. Mais c’est son fils qui l’intéresse, un jeune homme séducteur, Romain Touminet.

Jacques Nerson signe une mise en scène vive et précise. Il utilise des marionnettes de bel effet au début et dirige les jeunes interprètes avec délicatesse. C’est fin, agréable, fluide. Chacun peut déployer ses qualités. Un beau moment et on admire la performance : ils sont sept sur le petit plateau des Déchargeurs et il y a de l’espace !

Burlesque

Dans« Bigre » (2), c’est autre chose. La pièce joue justement sur l’espace. On est au dernier étage d’un immeuble. Sous les toits. Il y a trois chambres. Trois vies, trois personnages qui bricolent. C’est une machinerie très précise, car si les protagonistes n’ont pas la parole, les objets s’expriment pour eux et avec eux.

Les trois comédiens sont des personnalités formidables. Ils ont nourri les personnages de leurs inventions. Pierre Guillois, Agathe L’Huillier, Olivier Martin-Salvan ont en effet écrit ensemble ce spectacle qui triomphe depuis plusieurs saisons et qui est un bijou d’humanité. Car sans un mot, les personnages en disent beaucoup sur la solitude, l’amour, l’espérance. Trois personnalités aussi cocasses que bouleversantes. Un chef-d’œuvre de spectacle burlesque et profond. Cruel souvent, drôle toujours, méchant jamais. 

 

(1) Les Déchargeurs, jusqu’au 29 juin, durée 1 h 20. À 19 h 30 du mardi au samedi, Tél. 01.42.36.00.50, www.lesdechargeurs.fr

(2) Théâtre du Rond-Point, jusqu'au 30 juin, durée 1 h 25. À 20 h 30 du mardi au samedi, dimanche à 15 heures. Tél. 01.44.95.98.21, www.theatredurondpoint.fr

 

Armelle Héliot

Source : Le Quotidien du médecin: 9759