Deux expositions à Paris

Degas à l'Opéra et Picasso côté magique

Par Caroline Chaine
Publié le 10/10/2019
- Mis à jour le 11/10/2019

Degas a fréquenté l’Opéra de Paris pendant plus de 40 ans. Le musée d’Orsay, en partenariat avec la National Gallery of Art de Washington, explore sa vision de ce monde, dans laquelle il ne cesse de se réinventer. Autre réinvention, Picasso avec ses « tableaux magiques », au musée Picasso-Paris.

Degas, « l'Orchestre de l'Opéra », vers 1870

Degas, « l'Orchestre de l'Opéra », vers 1870
Crédit photo : RMN-GP/HERVÉ LEWANDOWSKI

Au musée d'Orsay, avec « Degas à l'Opéra » (1), une bien jolie manière de fêter le 350e anniversaire de l’Opéra de Paris. Pour le peintre, l'Opéra est tout un univers, avec la musique, la danse et la société qui le fréquente. Après l’incendie de la salle de la rue Le-Peletier, sa préférée, en 1873, il finit par avoir son abonnement à l’Opéra Garnier pour « les trois jours », où il peut assister à toutes les représentations et circuler librement. Il s’approprie tous les espaces, la scène avec ses décors, la salle avec le public et les abonnés, qui passent dans les coulisses pour voir les danseuses de plus près, le foyer avec les musiciens et les danseuses au travail.

Très mélomane, héritage des soirées musicales de son père, Degas revoyait plusieurs fois les spectacles, jusqu’à 37 pour le « Sigurd » de son ami Ernest Reyer. Lui qui participe aux expositions impressionnistes choisit cet univers clos pour ses recherches, plutôt que la nature. Dans « l’Orchestre de l’Opéra », il y a les portraits des musiciens et au-dessus le ballet de jambes des danseuses coupées dans un contraste saisissant de couleurs. En peignant l’entraînement des jeunes danseuses, il recherche inlassablement la vérité du travail, qu’il rend avec spontanéité.

Degas révolutionne la sculpture avec « la Petite danseuse de 14 ans ». En cire, avec son regard effronté, de vrais cheveux et un vrai tutu, elle est très mal accueillie. À l’huile, au pastel, fusain, papier calque, il ajoute la photographie, le monotype qui accentue les effets de lumière. C'est un maître de la mise en scène, comme le montrent les œuvres de la dernière salle, qui explosent de couleurs alors qu’il perd progressivement la vue.

Une nouvelle période ?

Au musée Picasso-Paris, « Picasso - Tableaux magiques » (2). Lorsque l’historienne d’art américaine Marilyn McCully– l'un des commissaires de l'exposition – découvre dans un numéro de la revue « Cahiers d’art » de 1938 les mots « tableaux magiques » sous la signature de l’éditeur Christian Zervos, elle décide d’en savoir plus et retrouve 150 peintures, réalisées entre l'été 1926 et le printemps 1930. Des ateliers et des têtes et corps faits de plans et de lignes droites pour les cheveux, le nez et la bouche hachurée de dents, ou de volumes monumentaux aux lignes sinueuses qui au fil des dessins se métamorphosent. Malgré les permutations anatomiques, une puissance expressive persiste qui se prolonge avec les sculptures métalliques réalisées avec Julio González.

Christian Zervos parlait de « transmutation » pour décrire les rapports des peintures magiques de Pablo Picasso avec la réalité. La question s’est posée de savoir s'il s’agissait d’un Picasso surréaliste. Il collectionnait depuis les années 1920 des sculptures primitives au « pouvoir magique » et travaillait sur une commande pour un monument à son ami Guillaume Apollinaire (qui sera refusée). Ses recherches ne relevaient pas de l’inconscient mais plutôt du « sur-réalisme » de son ami, pour qui la peinture, comme la littérature ou le théâtre, pouvait être plus réelle que le réel. Faudra-t-il ajouter la période des « tableaux magiques » aux périodes bleue, rose… ?

 

 

 

 

(1) Jusqu'au 19 janvier, www.musee-orsay.fr

(2) Jusqu'au 23 février, www.museepicassoparis.fr

 

Caroline Chaine

Source : Le Quotidien du médecin