Au musée d'Orsay, le modèle noir

De l'esclavage au renouveau des arts

Par
Caroline Chaine -
Publié le 02/05/2019
Art-Géricault

Art-Géricault
Crédit photo : THE J. PAUL GETTY MUSEUM, LOS ANGELES

1794, première abolition de l’esclavage. Girodet et Marie-Guillemine Benoist magnifient la figure noire libre avec les portraits de Jean-Baptiste Belley et de Madeleine.

1802, Napoléon le rétablit. Il abolit en 1815 la traite négrière mais pas l’esclavagisme. Les peintres abolitionnistes s’insurgent. Géricault avec Joseph, le noir qui tente de sauver « le Radeau de la Méduse ». Marcel Verdier, qui se voit refuser au Salon son « Châtiment des quatre piquets », dénonçant le traitement réservé aux esclaves.

1848, abolition définitive par la Deuxième République. Dans « La Traite des noirs », commandée à François-Auguste Biard, les Noirs affranchis fraternisent avec les Blancs. Le sculpteur Charles Cordier, avec ses marbres de couleurs, inventorie la famille humaine dans son unité et sa diversité.

Quant au modèle noir qu'évoque le titre de l'exposition, ce sont les hommes noirs qui posent et que l’on retrouve sous leurs noms dans les cahiers de l’École des Beaux-Arts. Mais aussi des figures métisses comme Alexandre Dumas ou Jeanne Duval, la maîtresse de Baudelaire, qui lui inspire « les Fleurs du mal », illustrées plus tard par Matisse.

En 1865, l’« Olympia » de Manet est un choc. Une femme blanche nue s’expose devant sa domestique noire, ce qui renvoie à un imaginaire aristocratique et colonial alors que nous sommes dans un bordel. Avec son bouquet, la femme noire est considérée comme le faire-valoir de la peau blanche de la courtisane.

À la fin du XIXe siècle, le Noir participe au renouveau artistique, avec le monde du spectacle (l’acrobate Miss La La pour Degas, le clown Chocolat pour Toulouse-Lautrec, Joséphine Baker). Le modèle noir, ce sont aussi les voyages pour Gauguin, la découverte des masques africains pour Picasso, au point qu’il les substitue aux visages des Demoiselles d’Avignon, la découverte du jazz pour Matisse.

Dans les années 1930, en pleine hégémonie coloniale et montée du facisme, le concept de négritude prend forme, avec Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Michel Leiris. Cette approche littéraire, ethnographique et sociologique vient compléter la vision purement artistique, comme elle est réalisée aux États-Unis depuis quelques décennies.

 

 

 

Jusqu'au 21 juillet, www.musee-orsay.fr/

Caroline Chaine

Source : Le Quotidien du médecin: 9746