Musiciens de jazz

Barons d'avril

Par
Didier Pennequin -
Publié le 27/03/2020

Dire que le jazz n'a plus de frontières est de nos jours un euphémisme. Cependant, ce qui rassemble un jazzman britannique à ses alter ego israéliens par exemple, c'est l'héritage, plus que centenaire, venu d'outre-Atlantique.

Shabaka Hutchings et The Ancestors

Shabaka Hutchings et The Ancestors
Crédit photo : TJASA CNEZDA

* En ces temps de pandémie, le questionnement de Shabaka Hutchings sur le bien-fondé de son dernier CD, « We Are Sent Here By History » (Impulse !/Universal), pourrait paraître nécessaire. Ce disque est « une méditation sur l'extinction prochaine de notre espèce. C'est le reflet des ruines et des brûlures », affirme le saxophoniste/clarinettiste et compositeur britannique (originaire de la Barbade), fer de lance de la nouvelle scène jazz londonienne. Voilà pour les déclarations. Quid de la musique ? Crépusculaire ou remplie de spiritualité, selon ses habitudes ?

Pour cet album, le leader a fait appel au groupe sud-africain The Ancestors, avec lequel il avait déjà enregistré. Conjointement, et avec la participation très active du récitant Siyabonga Mthembu, l'ensemble délivre une musique aux phrasés et aux rythmes entêtants, lancinants et hypnotisants, voire paroxystiques. Même si le saxophoniste ne s'éloigne que très rarement de son registre médium, préférant jouer le rôle de catalyseur que celui d'explorateur vers des terres de liberté, comme celles de ses glorieux mentors, tel Pharoah Sanders. Pourtant, les échanges, parfois furieux, entre le saxophone et le vocaliste permettent de créer une atmosphère musicale très physique.

Sans être totalement révolutionnaire, cette musique a au moins le mérite de s'aventurer hors des sentiers du clonage en vogue actuellement.

* À l'image de celle d'Avishai Cohen. Le trompettiste (à ne pas confondre avec son homonyme le contrebassiste), qui partage parfois la scène avec sa sœur Anat (clarinette) et son frère Yuval (saxophone) – les 3 Cohens –, pratique une forme de jazz dans laquelle apparaissent certains de ses fondamentaux. Le premier étant l'exploration.

Dans son dernier opus, « Big Vicious » (ECM/Universal), le trompettiste et compositeur, originaire de Tel Aviv et qui s'est longtemps frotté aux jazzmen américains, est entouré de vieux amis de la scène locale israélienne, Uzi Ramirez (guitare), Yonatan Albalak (guitare basse), Aviv Cohen et Ziv Ravitz (batterie/machines). Pour créer une musique à la fois ancrée dans un modernisme électro-rythmé et émancipée des canons.

Même si l'on y entend beaucoup d'éléments liés au rock psychédélique planant, à la pop, au trip-hop ou même au jazz minimaliste, le cocktail final est une fusion innovante et lyrique, dont la liberté de ton et d'improvisation sur des compositions originales ou des reprises de Beethoven et du groupe anglais Massive Attack, sont atmosphériques. Et invitent à une certaine évasion mentale.

Les disques chroniqués ici sont disponibles en téléchargement et streaming sur toutes les plateformes musicales. Pour celui d'Avishai Cohen, une sortie digitale est prévue ce 27 mars.

 

 

Didier Pennequin

Source : Le Quotidien du médecin