Le Pen, la candidate qui ne promet « pas la lune » aux médecins et veut supprimer l'AME

Par Christophe Gattuso
Publié le 23/04/2017
- Mis à jour le 23/04/2017
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Crédit photo : AFP

Comme son père était parvenu à le faire en 2002, Marine Le Pen s'est qualifiée au second tour de l'élection présidentielle, où elle sera opposée à Emmanuel Macron. La présidente du Front national a obtenu 21,7 % des suffrages, soit un million de plus qu'en 2012.

L'accession à la fonction suprême de la candidate de l'extrême droite représenterait un saut dans l'inconnu pour les médecins libéraux qui n'étaient que 5 % à envisager de lui accorder leurs suffrages, selon un récent sondage du « Quotidien ».

Sans doute parce qu'il s'agit d'une priorité des Français, notamment en zone rurale, Marine Le Pen a renforcé son programme santé pour ce scrutin, lui accordant notamment un important livret thématique.

Stage d'internat de six mois dans un désert 

Elle affiche son intention de lutter activement contre les déserts médicaux sans revenir sur la liberté d'installation. Elle promet de relever le numerus clausus, de permettre aux médecins retraités de prolonger leur activité dans les zones sous-denses en bénéficiant de déductions de charges, ou encore de développer la délégation de tâches. Afin de renforcer la présence médicale dans ces territoires déficitaires, elle propose d'instaurer un stage d'internat de six mois obligatoire en hôpital, en cabinet libéral ou en maison de santé. Et pour les étudiants en médecine qui le souhaiteraient, Marine Le Pen veut créer un service civique de santé salarié, sur la base du volontariat.

La candidate de l'extrême droite a surtout courtisé les professionnels de santé à l'hôpital public où elle a percé, s'étant engagée à relever les effectifs (infirmières, aides-soignants, médecins, sages-femmes) et à améliorer leur sécurité. Elle projette de revoir le financement des établissements de santé publics en remettant à plat la tarification à l'activité (T2A).

Le discours de Marine Le Pen est apparu plus ambigu sur le tiers payant généralisé, soutenu par une majorité de Français. Elle a indiqué qu'elle y était « plutôt opposée ». Elle envisage, si elle est élue présidente de la République, de dresser un bilan de cette réforme « et si ce bilan est négatif, et je pense qu'il le sera, de revenir dessus ».

« Réactualiser les tarifs de manière progressive »

Surtout, dans un entretien au « Quotidien », Marine Le Pen a annoncé qu'il faudrait « réactualiser les tarifs de manière progressive » pour que les professionnels libéraux soient « justement rémunérés ». « Je ne promets pas la lune avant une élection [...] Je ne suis pas fermée à une augmentation mais je ne me risquerai pas à donner un chiffre ».

Mesure fortement symbolique, la présidente du FN veut supprimer l'aide médicale d'État (AME) et instaurer pour les étrangers en situation régulière un délai de carence de deux ans avant de bénéficier des remboursements de l'assurance-maladie.

Marine Le Pen est peu diserte sur sa recette pour réduire le déficit de l'assurance-maladie. Elle a rappelé son leitmotiv de renforcer la lutte contre la fraude sociale et prévoit de mieux encadrer les organismes de protection complémentaire, en imposant une règle d’or sur leurs frais de gestion.

La candidate d'extrême droite peut s'appuyer sur un collectif d'usagers de la santé, qui a activement contribué à l'élaboration de son programme santé. Deux médecins expérimentés, les Dr Pierre Delacroix, anesthésiste (68 ans), et Joëlle Mélin, médecin physique et de réadaptation (66 ans), ont contribué à le façonner et à le défendre, de même que Mickaël Ehrminger, jeune scientifique de 26 ans.


Source : lequotidiendumedecin.fr