Une heure pour la première consultation, un médiateur systématiquement présent, des synthèses régulières : à la maison de santé pluridisciplinaire (MSP) des quartiers sud du Mans, Pascia’Mans bouscule les standards du cabinet libéral pour répondre aux besoins des publics précaires et migrants. Lancée en juin 2021, cette expérimentation en « article 51 » vise à apporter un accompagnement global à ces patients fragiles qui composent une grande partie de la population du quartier.
Interprétariat téléphonique
Dès le départ, Pascia’Mans repose sur quatre médecins généralistes libéraux, trois médiateurs et deux psychologues salariés, 14 infirmiers libéraux, ainsi qu’une équipe d’appui composée de coordinateurs de parcours, d’un chargé de projet et d’une assistante administrative. L’expérimentation donne accès à l’interprétariat téléphonique pour tous les intervenants. « On a utilisé 57 langues différentes », précise la Dr Marie-Ange Lecomte, médecin généraliste et fondatrice de la MSP.
L’objectif initial était d’intégrer 1 400 patients, à raison de 350 par an. « On a acquis notre quota un petit peu en avance, ce qui a permis de démarrer l’évaluation plus tôt », indique la médecin. L’inclusion réclame d’être concerné par deux critères d’une liste assez vaste qui comprend la situation administrative, les droits sociaux, le logement, les ressources, l’emploi, le statut étudiant, la maîtrise de la langue, etc.
Le parcours de santé commence par un adressage. Environ 40 % des patients sont repérés directement par les généralistes, les autres étant signalés par un réseau de structures locales comme les foyers de jeunes travailleurs. Les allophones (personnes dont la langue maternelle est une langue étrangère) représentent une part importante des patients, tout comme les personnes précaires (environ un tiers).
Concertation entre professionnels
Dans ce projet, le médecin généraliste reste le pivot du parcours. « Il a un rôle important de coordination de parcours de soins avec l’appui des autres professionnels, décrit la Dr Lecomte. Il est prévu une heure pour la première consultation, une heure pour une synthèse à la troisième consultation, puis une synthèse annuelle dans le cadre du projet personnalisé de santé. » Dans ce travail en équipe, les psychologues occupent une place importante, notamment dans les situations de psychotraumatisme. Les infirmiers interviennent principalement auprès de patients très précaires à domicile, souvent bien au-delà de leurs fonctions soignantes habituelles, et peuvent être mobilisés pour de l’éducation thérapeutique.
La Dr Lecomte estime que sa pratique médicale a été modifiée par ce projet grâce à « davantage de concertation entre professionnels ». Deux réunions sont désormais organisées chaque mois : l’une associant médecins, psychologues et médiateurs, l’autre médecins, infirmiers et médiateurs. Qu'il s'agisse de problèmes connexes aux soins (logement, droits, ressources, alimentation), d'une prise de rendez-vous auprès d'un spécialiste ou d'une aide à la compréhension du système de santé, des médiateurs sont systématiquement présents pour aider les patients. « Les médecins ne se retrouvent pas seuls à tout gérer. Et la confiance des patients passe du praticien à l’ensemble de l’équipe », se réjouit la généraliste.
57 euros pour chaque patient inclus
Pascia’Mans a reçu une dotation de trois millions d’euros sur cinq ans d’expérimentation. Le modèle de rémunération de l’équipe est dérogatoire au droit commun. La consultation des généralistes est rémunérée 57 euros pour chaque patient inclus. Pour la première année, ce tarif s’applique à sept consultations maximum puis à quatre consultations ensuite. Le prix inclut « l’absentéisme du patient estimé à environ 20 % », selon la Dr Lecomte. Les infirmiers libéraux perçoivent un forfait annuel de 259 euros par patient inclus. Les psychologues sont quant à eux salariés de la maison de santé.
Les médecins ne se retrouvent pas seuls à tout gérer. Et la confiance des patients passe du praticien à l’ensemble de l’équipe
Dr Marie-Ange Lecomte, généraliste au Mans
Alors que le rapport final d’évaluation de l’expérimentation est attendu en mai, la Dr Lecomte ne cache pas sa satisfaction. Les premiers résultats recueillis sont encourageants car « ils montrent une augmentation des sorties dites “autonomes”, c’est-à-dire de patients capables de poursuivre leur parcours sans l’appui permanent des médiateurs », se réjouit la généraliste. Les données sur la prévention ont aussi créé une bonne surprise au sein de l’équipe. Pour le dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus, par exemple, « les taux des patients précaires suivis dans Pascia’Mans dépassent désormais ceux de la population générale », se félicite la Dr Lecomte, qui espère voir cette organisation innovante dépasser les frontières mancelles.
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