Tout part d’une annonce politique à la hussarde. En déplacement fin octobre dans la Manche, Sébastien Lecornu, Premier ministre, érige la santé en priorité et promet de rendre « visibles », partout sur le territoire, des lieux de soins primaires labellisés capables de recevoir les patients sous 48 heures, notamment pour les soins non programmés.
Quelques mois plus tard, la création du réseau France Santé est gravée dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Son article 63 acte le principe de la labellisation des structures – maisons de santé, centres de santé, cabinets, voire pharmacies rurales etc… – censées assurer une offre de soins de proximité. Au moins quatre critères doivent être respectés : la présence garantie d’un médecin et d’une infirmière dans la structure, des consultations sans dépassement d’honoraires, une ouverture au moins « cinq jours par semaine » et une participation au service d’accès aux soins (SAS), garantissant des rendez-vous sous 48 heures et une permanence des soins. Un financement dédié est alloué sous réserve de cette gamme de services socles (environ 50 000 euros par structure, annonce le ministère de la Santé).
« Ils nous ont dit qu’ils allaient chercher des structures qu’ils connaissaient déjà, parce qu’elles travaillaient bien
Dr Marie-Laure Alby, médecin généraliste dans une MSP parisienne
Le réseau France Santé, simple sur le papier ? Sur le terrain, la réalité est un peu plus chaotique, entre empressement et improvisation. Dans la capitale, « la labellisation a été construite par l’ARS et la caisse primaire qui ont dû répondre à une demande du Premier ministre sans forcément savoir comment s’y prendre… », raconte la Dr Marie-Laure Alby, médecin généraliste au sein de la maison de santé pluriprofessionnelle Porte de Vanves (Paris 14e). Pendant plusieurs semaines, peu d’informations ont filtré. Puis, début décembre, lors d’une réunion avec l’ARS et l’Assurance-maladie, le message tombe : « Ils nous ont dit qu’ils allaient chercher des structures qu’ils connaissaient déjà, parce qu’elles travaillaient bien et que c’était plus simple et plus transparent », confie la Dr Alby. Et dans ce contexte, la MSP parisienne, ouverte en 2016 et bien implantée, a « naturellement » été identifiée. Mais au sein de l’équipe pluridisciplinaire, l’enthousiasme n’est pas immédiat. « Mes collègues étaient mitigés. Ils ne savaient pas ce que cette “labellisation” soudaine allait impliquer comme obligations supplémentaires », confie la généraliste. C’est elle qui plaide pour accepter ce fameux label. « Je leur ai dit : “Pour l’instant, il n’y a pas de cahier des charges précis mais c’est présenté comme une valorisation de notre travail et une possibilité de financer des projets. On peut au moins écouter.” », argumente la médecin.
Puis, tout s’accélère. « On a eu un premier coup de téléphone pour savoir si on était intéressés. Puis, on nous a appelés pour nous dire… que nous étions labellisés ! Et dans les 48 heures, une cérémonie a été organisée à l’arrache dans nos locaux », se souvient-elle. Une cérémonie officielle, avec représentants institutionnels et élus locaux, pour remettre à chaque professionnel de la structure une lettre annonçant l’octroi de cette nouvelle bannière.
Monté dans l’urgence
Même sentiment de relative improvisation à Guise, dans l’Aisne. Le Dr Philippe Tréhou, médecin généraliste dans la maison de santé de Champagne Picardie, parle d’un dispositif ministériel « monté dans l’urgence ». « L’ARS a sollicité plusieurs maisons de santé par département. Il fallait répondre très vite, avant la fin de l’année », raconte-t-il, lui-même réticent au départ. « Par principe, j’étais contre, parce qu’il n’y avait pas de cahier des charges », explique le praticien.
Là encore, la décision est prise collectivement, de façon pragmatique. « J’ai réuni mes collègues. Ils m’ont dit : “De toute façon, on assure déjà les soins non programmés, la permanence des soins, sans dépassements d’honoraires. Si ça ne change rien, autant y aller !”. » Le raisonnement est simple : mieux vaut intégrer le dispositif comme une opportunité que de subir plus tard des décisions. « On s’est dit qu’on le critiquerait de l’intérieur plutôt que de l’extérieur », avoue le Dr Tréhou, qui souligne que son organisation n’a « pas du tout » changé depuis ce label.
Ni le calendrier, ni les modalités du financement ne sont connus
Reste le financement évoqué, autour de 50 000 euros par structure. Pour la Dr Alby, « ce n’est pas un chèque qu’on donne comme ça. C’est de l’argent pour des projets supplémentaires ». À Paris, le projet d’extension des locaux « trop petits » est au programme. À Guise, le Dr Tréhou envisage « l’embauche d’une hôtesse d’accueil, des travaux, ou l’aménagement d’un logement pour des médecins juniors ». Mais pour l’heure, ni les modalités, ni le calendrier de cette subvention ne sont connus. « L’ARS nous dit : “Vous êtes labellisés, point. On ne sait pas quand ni sous quelles conditions l’argent arrivera.” », résume le médecin.
Quelque 130 millions d’euros ont été programmés en 2026 pour bâtir ce réseau France Santé avec l’objectif d’atteindre 2 000 premières structures labellisées à mi-année. Ce financement sera alloué par les agences régionales de santé (ARS) et les caisses primaires, en attendant les négociations des accords conventionnels interpro (ACI) des maisons et centres de santé que la Cnam doit engager dans les prochaines semaines. Pour les structures qui ne relèvent pas des accords conventionnels, un financement est prévu par le biais du fonds d’intervention régional (FIR). Au 31 décembre 2025, la DGOS (ministère) comptabilisait 1 525 structures déjà labellisées.
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