Le dépistage, une question au cœur de la lutte contre les hépatites virales

Par
Dr Irène Drogou -
Publié le 24/09/2019

Crédit photo : PHANIE

À l'occasion de la Journée nationale de lutte contre les hépatites virales le 25 septembre, l'accent est mis sur la stratégie de dépistage dans le « Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire » (BEH) publié ce jour.

Les épidémiologistes de Santé publique France (SPF) et du Centre national de référence des hépatites (CNR) fournissent dans ce numéro de nouvelles estimations de la prévalence des hépatites C et B à l'aide du BaroTest, consistant en un autoprélèvement sur papier buvard, et du Baromètre de Santé publique France 2016.

Stratégie de dépistage du VHC en toile de fond

Dans le BaroTest, la prévalence chez les 18-75 ans a ainsi été estimée à 0,30 % pour l'hépatite chronique C et l'hépatite chronique B, soit « environ 135 000 individus pour chacune de ces pathologies », est-il précisé. Ce chiffre est à la baisse par rapport aux évaluations précédentes en 2004 et 2011.

Le dépistage est une question de premier plan, alors que les antiviraux d'action directe (AAD) permettent de guérir l'infection à VHC. Cette nouvelle estimation contribuera à éclairer la Haute Autorité de santé (HAS) qui a la charge de réévaluer la stratégie de dépistage de l'hépatite C.

La principale option envisagée vise à mettre en place un dépistage universel et combiné VIH/VHC/VHB pour tous les adultes au moins une fois dans la vie. Cette stratégie, proposée par plusieurs rapports d'experts qui l'estiment coût-efficace, est-il rapporté dans le BEH, pourrait venir compléter l'approche actuelle consistant à cibler les populations à risque élevé d'exposition.

Un autoprélèvement sur papier buvard

La méthodologie originale du BaroTest, adossée à l'enquête téléphonique du Baromètre Santé publique France, consistait à l'envoi par la poste d'un kit d'auto-prélèvement par piqûre au bout du doigt et dépôt de quelques gouttes de sang sur buvard.

Au total, l'autoprélèvement a été proposé à 17 781 des 20 032 répondants âgés de 15-75 ans au Baromètre de Santé publique France. Le kit recherchait le VHB (AgHbS), le VHC (anticorps anti-VHC et ARN VHC) et le VIH (anticorps anti-VIH). 

Il est à noter que la méthodologie utilisée ne permettait pas l'inclusion de populations marginalisées, usagers de drogues actifs et personnes sans domicile fixe, chez lesquelles la prévalence de ces maladies est plus élevée, ce qui a pu sous-estimer les résultats.

Des efforts nécessaires de dépistage

Alors que l'OMS vise un objectif de 90 % de diagnostic chez les personnes infectées d'ici à 2030, l'étude révèle qu'en France seulement 80,6 % des personnes infectées par le VHC et 17,5 % de celles infectées par le VHB connaissent leur statut.

Les résultats montrent que des « efforts importants sont encore nécessaires pour atteindre les objectifs d'élimination des hépatites C et B », est-il indiqué dans le BEH. L'option de dépistage universel et combiné impliquerait « de tester une proportion importante de la population générale âgée de 15-75 ans, puisqu'un tiers de celle-ci rapportait n'avoir jamais été dépisté pour aucun des trois virus et 85 % rapportaient ne pas avoir été testés pour au moins l'un de ces virus », est-il noté.

Renforcer le dépistage ciblé 

Dans l'éditorial, le Pr Jérôme Salomon, directeur général de la santé, estime qu'il faut, si on veut éliminer le VHC à l'horizon 2025, « intensifier les actions de dépistage et de prévention, à destination des publics les plus exposés », l'accès aux vaccins devant être assuré dans les populations à risque, est-il souligné. 

L'approche « utilement combinée du VIH, du VHC et du VHB » n'est pas davantage abordée par le Pr Jérôme Salomon que dans le cadre « du renforcement du dépistage de proximité », tandis qu'il annonce par ailleurs le lancement « d'une semaine régionale chaque année » et la « possibilité d'ici à fin 2019 d'utiliser les TROD VHB ».

Dans un point sur 4 ans d'utilisation des AAD, le BEH montre que 58 943 personnes ont été traitées en France entre 2014-2017, c'est-à-dire que l'objectif des 120 000 patients traités d'ici à 2022 est à moitié atteint. L'accès universel depuis 2016 s'est traduit par un changement de profil des patients traités, plus jeunes et plus souvent des femmes.


Source : lequotidiendumedecin.fr