Dossier

La prévention primaire s'invite dans les écoles, au collège, en EHPAD…

Premier bilan encourageant pour le service sanitaire des étudiants en santé

Publié le 27/05/2019 - Mis à jour le 15/07/2019
Premier bilan encourageant pour le service sanitaire des étudiants en santé

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SEBASTIEN TOUBON

Même si ce n'est pas encore la « révolution culturelle » promise par Emmanuel Macron, le nouveau service sanitaire pour les étudiants en santé (intégré aux maquettes et élément de validation du cursus) a permis de donner des couleurs à la prévention primaire dans des milliers d'écoles, collèges, lycées, entreprises ou EHPAD. 

Lancée en février 2018, cette réforme emblématique portée par Agnès Buzyn (Santé) et Frédérique Vidal (Enseignement supérieur) aura toutefois demandé une bonne dose de sang-froid aux universités… Car le service sanitaire, première en Europe, a constitué un défi inédit. Si tous les établissements se sont mis en ordre de marche, comme l'assure le Pr Loïc Vaillant, président du comité de pilotage (lire page 3), le calendrier a été très serré pour une réforme de cette ampleur. L'arrêté fixant les modalités du service sanitaire a été publié en juin 2018 et n'a laissé que quelques mois aux facs pour se préparer, donnant des sueurs froides aux doyens et aux juniors. 

Depuis septembre, quelque 50 000 étudiants issus de six filières santé – médecine, pharmacie, odontologie, maïeutique, sciences infirmières et masso-kinésithérapie – ont préparé puis conduit des missions de prévention autour de thématiques comme l'activité physique et sportive, les addictions (tabac, drogue et alcool), la nutrition et la santé affective et sexuelle. En décembre 2018, Édouard Philippe évoquait 5 400 lieux d’accueil dont près de 4 000 établissements scolaires. 

Trouver une place dans l'agenda

L'UFR de médecine de Clermont-Ferrand, territoire précurseur dès 2017-2018, a su tirer profit de cette expérience. « La phase pilote de trois mois a permis d'avoir une bonne organisation pour nos 200 étudiants de médecine et des terrains de stage grâce au travail réalisé avec le rectorat », confie le Pr Pierre Clavelou, doyen de cette structure.

Mais l'année fut dense. À Caen, le résultat est jugé « satisfaisant », mais la mise en route a été « lourde », reconnaît le Pr Emmanuel Touzé, doyen de la faculté. « 2 400 étudiants ont testé le service sanitaire en Normandie, ça a été difficile de lui trouver une place dans l'emploi du temps ! » Mais des projets originaux ont émergé. La caisse primaire de la Manche a accueilli 18 étudiants courant mars. Un groupe a sensibilisé des publics de l'école primaire et d'un centre de loisirs sur l'hygiène bucco-dentaire ; un second a fait la promotion du dépistage du cancer du col et du sein dans les entreprises. À Amiens, où 1 350 étudiants se sont lancés, plusieurs ateliers ont permis de délivrer des messages de prévention autour de la santé sexuelle et des addictions dans les centres de protection maternelle et infantile (PMI) ou à la maison d'arrêt.

L'interdisciplinarité, pas pour tout le monde

Sur le papier, le service sanitaire a également vocation à resserrer les liens entre les étudiants des différentes filières santé et à renforcer l'esprit d'équipe autour de projets communs. Mais les agendas saturés et l'hétérogénéité des promotions ont rendu cette tâche ardue. « Nous avons constitué des groupes d'au moins deux filières et ça n'a pas été une mince affaire, raconte le Pr Gabriel Choukroun, doyen de la faculté de médecine d'Amiens. Il a fallu réaménager tous les emplois du temps d'autant plus que les stages ne sont pas tous à la même période ». 

Du côté des étudiants concernés, le bilan de ce décloisonnement est mitigé. Selon la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI), une petite minorité de jeunes de cette filière ont réalisé de vraies missions en interpro. « Notre objectif est raté, regrette Clara Hammer, vice-présidente. Nous sommes 30 000 étudiants répartis sur 323 instituts. C'est difficile de trouver des périodes de stage communes. » Opinion inverse du côté des sages-femmes où le travail en équipe est salué. « C'était intéressant de monter des projets ensemble, d’autant que nous avions trop peu d'occasions avant », témoigne Bastien Le Dantec, vice-président en charge de l'enseignement supérieur à l'Association nationale des étudiant.e.s sages-femmes (ANESF).

En médecine, sur les quelque 5 000 carabins concernés par le service sanitaire (en troisième année principalement), environ 10 % n'ont pas pu partager leur projet avec leurs collègues d'autres métiers, évalue l'Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF). « Il y a eu de très belles performances avec des stages regroupant plus de trois filières santé », salue Anatole Le Guillou, vice-président chargé des études médicales .

Sans complexes 

Sur le plan pédagogique, le rodage du service sanitaire est loin d'être un fleuve tranquille, au regard des thématiques sur les addictions ou la vie sexuelle mais aussi des publics visés (adolescents, collèges et lycées des zones sensibles, etc.). Pas question d'improviser. Chloé, en 3e année de médecine à Reims, qui a réalisé un projet sur la santé sexuelle auprès de collégiens, témoigne de l'importance de la préparation. « Les élèves ont posé leurs questions sans complexes mais nous avons dû gérer des différences culturelles importantes. La formation est indispensable pour être bien préparés à répondre ». Les futurs professionnels de santé se sont frottés à la construction délicate de projets, certains réclamant « un référentiel de compétences ». Sur tous ces points, les référents pédagogiques constituent une des clés du succès.  

Enfin, avec une indemnité de transport de 130 euros, les frais de déplacement ont parfois été source de tensions, par exemple pour des carabins intervenant à plus de 100 km de leur UFR. « Des jeunes ont déboursé une centaine d'euros en plus de l'indemnité, témoigne Anatole Le Guillou. Le nombre de lieux d'accueil va augmenter notamment dans les territoires éloignés. Le service sanitaire c'est quand même zéro euro pour l'étudiant »

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