Numerus clausus, le début de la fin

Par
Cyrille Dupuis -
Sophie Martos -
Publié le 05/09/2018
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Crédit photo : S. Toubon

C'est décidé, le gouvernement « veut en finir » avec le numerus clausus et avec le concours de fin de première année, a affirmé ce mercredi France Info, déclenchant une vague de commentaires et de réactions dans le monde médical.  

Dans la journée, le député LREM de l'Isère Olivier Véran a confirmé sur France Inter qu'il travaillait avec d'autres parlementaires sur des propositions allant vers la suppression du numerus clausus. « Je ne peux pas anticiper la décision et la teneur des propos du président de la République mais si vous m'interrogez sur ce que je porte, je pense qu'il faut en finir avec ce système du numerus clausus à la fois injuste et abscons », résume le neurologue hospitalier.

Agnès Buzyn s'est fendue d'un message sur Twitter, laissant planer le suspense. 

Sans tabou

Les arbitrages devraient être annoncés par Emmanuel Macron le 18 septembre lors de la présentation détaillée de la stratégie de transformation du système de santé – dont la formation initiale constituera un volet spécifique. En tout état de cause, la fin du numerus clausus ne constituerait qu'une demi-surprise, Emmanuel Macron ayant lui-même évoqué, lors de sa campagne, la remise à plat d'un dispositif « périmé »« injuste et inefficace ». 

En février 2018, Édouard Philippe, exposant les axes de la stratégie de transformation du système de santé, avait promis une réflexion « sans tabou » sur ce verrou anxiogène à l'entrée des études médicales, citant parmi les options la suppression pure et simple du numerus clausus. Et fin juin encore, Agnès Buzyn a confirmé « réfléchir à une réforme globale des études de santé où la question du numerus clausus est clairement posée ». L'oraison funèbre semble donc se rapprocher.  

Numerus apertus

Une des pistes les plus sérieuses concerne la mise en place d'un numerus apertus, c'est-à-dire un seuil plancher (limite basse) et non plus un plafond – laissant la liberté à chaque faculté de former le nombre de médecins souhaité en fonction des besoins et des capacités. C'est l'option défendue de longue date par le Dr Olivier Véran

Autre option, selon France Info : conserver une sélection mais plus tardive, à l'issue de la licence en fin de troisième année, avec peut-être un concours. Sur ce point, la présidente de l'Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF), Clara Bonnavion, se montre dubitative. « La sélection en 3e année est dans les tuyaux depuis quelque temps mais ce n'est pas une piste de l'ANEMF », commente-t-elle. Un concours à ce stade (licence) risquerait d'entraver les apprentissages des premières années. « Il faut que le premier cycle permette à l'étudiant d'avoir des connaissances solides et nous voulons aussi augmenter les stages au cours du 1er cycle », rappelle-t-elle

S'agissant du sort de la PACES, le gouvernement devrait analyser les résultats des expérimentations d'alternatives à la PACES, plutôt décevants à ce jour. L'objectif est en tout cas de diversifier le profil des futurs médecins.

Un film qui en dit long  

En attendant les arbitrages, la profession est en alerte et fixe des lignes jaunes.

La CSMF, certes favorable à une refonte des études, « reste opposée à une dérégulation totale du nombre de médecins formés ». « Ouvrir les vannes du nombre de médecins formés n’aura qu’un impact dans dix à douze ans – trop tard ! – et ne résoudra en rien les problèmes actuels d’accès aux soins », met-elle en garde. La centrale de Jean-Paul Ortiz appelle à une « grande concertation entre tous les acteurs pour une réforme devenue indispensable ».

Pour l'UFML-Syndicat, l'abrogation du numerus clausus décidée  « sans [réflexion sur l']attractivité de la profession de médecin » relève de la « pensée magique ». Pour l'organisation du Dr Jérôme Marty, une « réorganisation du modèle des études médicales » s'impose, incluant l'accueil d’un nombre d’étudiants supplémentaires en première année mais surtout à l’hôpital « car la vraie médecine s’apprend au lit du malade ».  

Pas en reste dans cette réflexion, les carabins de l'ANEMF viennent de lancer un forum en ce sens. 

Hasard du calendrier, cette réflexion sur l'accès aux études médicales devient brûlante alors que le film « Première année », réalisé par le médecin généraliste et cinéaste Thomas Lilti, en salle dès le 12 septembre, propose de s’immerger dans le quotidien ultra-stressant d’étudiants en 1ere année de médecine. Gâchis humain, esprit de compétition, révisions, fatigue, solitude : les versants les plus sombres de cette première année sélective sont abordés. De quoi apporter de l'eau au moulin des avocats d'une réforme de grande ampleur... 


Source : lequotidiendumedecin.fr