Dossier

Économies à répétition, accréditation lourde, perte d'attractivité

La biologie médicale sur le fil du rasoir

Publié le 19/07/2018 - Mis à jour le 15/07/2019
La biologie médicale sur le fil du rasoir

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SEBASTIEN TOUBON

Depuis plusieurs mois, les syndicats de biologistes libéraux comme hospitaliers alertent sur leurs conditions d'exercice : accréditation des examens à marche forcée, rachat de laboratoires par des groupes financiers, baisses de tarifs, perte d'attractivité… Les nuages s'amoncellent sur la spécialité. Pour le Syndicat des biologistes (SDB), la profession n'aurait plus que deux choix : « la reconnaissance ou la disparition ». 

Dans ce contexte, les professionnels veulent reprendre leur destin en main. Première volonté : freiner la financiarisation du secteur, alors que les fusions et acquisitions de laboratoires dans le secteur privé vont bon train. Certains sont rachetés par de gros investisseurs avec une valorisation allant jusqu'à 400 % de leur chiffre d'affaires annuel. Avec de tels montants, les jeunes biologistes libéraux au patrimoine limité peuvent difficilement acquérir des parts.

L'arrivée de capitaux extérieurs détenus par des financiers et des fonds de pension est vécue comme une menace pour l'indépendance professionnelle. Certes, la loi de 2013 qui a réformé la biologie impose que plus de la moitié du capital social et des droits de vote d’une SEL soit détenue par des biologistes médicaux en exercice, et interdit à des entités non-médicales d'en détenir plus de 25 %. Mais selon le SDB, le Syndicat des jeunes biologistes médicaux (SJBM) et le Syndicat des laboratoires de biologie clinique (SLBC), ce principe est souvent contourné. Ils ont entamé à cet égard une procédure contre le groupe Cerba Healthcare en 2017.

Les représentants de la profession aspirent également au maintien d'au moins un biologiste médical par site de laboratoire, alors que les regroupements s'opèrent autour de plateaux techniques de plus en plus automatisés mais éloignés des sites de prélèvement. « C'est indispensable pour la bonne prise en charge des patients, mais aussi des urgences, explique le Dr Lionel Barrand, président du SJBM. Or la recherche d'économies par les grands groupes va à l'encontre de ce principe. »

Souffrance au travail

Si la place grandissante des « financiers » inquiète les biologistes, ils s'alarment tout autant de la lourdeur administrative de l'accréditation obligatoire depuis 2013, et qui vise la totalité des analyses d'ici à novembre 2020. « Le Cofrac, l'organisme chargé du processus, n'est pas capable de tout faire par manque de moyens, estime Jean-François Perotto, vice-président du SLBC. Pourtant, les biologistes ont tout fait pour se conformer à l'obligation, très chronophage pour les examens les moins courants ! »

Quant au coût moyen de l'accréditation par laboratoire, il a été estimé à 445 000 € dans la phase initiale puis à 145 000 € par an de façon récurrente. Le malaise est profond. Fin 2017, près de trois quarts des adhérents du SDB estimaient que cette démarche engendrait une charge de travail « insupportable » ; les hospitaliers, eux, étaient 69 % à se déclarer en situation de souffrance liée au travail. La moitié d'entre eux fait le lien avec l'accréditation, selon la Fédération nationale des syndicats de praticiens biologistes hospitaliers (FNSPBHU).

À cette pression normative s'ajoute celle des économies réclamées à la profession, en raison de ses gains supposés de productivité ou de sa rentabilité. En avril encore, des baisses de tarifs ont été entérinées à cause d'une croissance excessive du chiffre d'affaires en 2017 (au regard de l'accord triennal prix/volumes). Les décotes pourraient se poursuivre dès 2019 puisque le rapport « charges et produits » de l'assurance-maladie estime à 95 millions d'euros les économies à réaliser l'an prochain. Sans compter que la Cour des comptes réclame depuis 2013 un coup de rabot sur le prix de la lettre clé B, base de la cotation des actes de biologie médicale.   

L'IGAS sur le pont

Ces contraintes multiples finissent par peser sur l'attractivité de la profession chez les jeunes médecins. La biologie médicale est aujourd'hui boudée par les étudiants aux ECN. En 2007, le dernier poste à l'internat était pourvu au 2969e rang (sur 5 565 étudiants). Dix ans plus tard, en 2017, il est parti au 8363e rang sur 8 372. Pour les biologistes issus de l'internat de pharmacie, l'attractivité perdure toutefois : la spécialité a été choisie par le major du concours en 2017.

Les syndicats veulent croire que leur malaise sera entendu. Tous ont été auditionnés par l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et l'Inspection générale des finances (IGF) qui doivent rendre un rapport sur l'avenir de la biologie et l'efficience du secteur. Prévu pour cet été, il pourrait être décisif. « Si des économies sont préconisées, redoute François Blanchecotte, président du SDB, elles se retrouveront sûrement dans le prochain budget de la Sécurité sociale ».

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