Déserts médicaux : le plan du gouvernement pour recruter de futurs médecins dès la classe de 3e

Par Paul Bretagne
Publié le 01/04/2019
- Mis à jour le 15/07/2019
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Crédit photo : S. Toubon

Tout juste sortis du collège, ils seront 2 000 boutonneux d’à peine 15 ans à intégrer dès la rentrée prochaine de façon précoce les bancs d’une faculté de médecine ! Cette nouvelle voie d’accès, immédiatement après la classe de 3e, est la proposition la plus originale issue de la deuxième phase de concertation sur le premier cycle qui vient de s’achever. Selon une note du ministère des Universités que « Le Quotidien du Médecin » s’est procurée, le gouvernement voudrait en effet mettre en place une troisième possibilité d’entrer en médecine, à côté des deux alternatives déjà évoquées pour remplacer la PACES : « portail santé » à l’issue d’une première année en santé et « portail de licence » à l’issue d’une première année de licence classique.

Baptisée « filière courte », cette troisième voie d’accès aux études médicales n’est qu’une demi-surprise. La piste figurait en effet fin 2018 en toutes lettres dans une des annexes du rapport du Pr Jean-Paul Saint-André sur la réforme du premier cycle des études médicales. À l’époque, personne ne l’avait vraiment relevée et d’ailleurs, les deux ministres, Agnès Buzyn et son homologue des Universités, Frédérique Vidal s’étaient bien gardées de mentionner cette possibilité.

Une voie réservée aux mentions « Très bien » du Brevet

Si l’idée refait surface aujourd’hui, c’est évidemment compte tenu de la situation devenue dramatique dans les déserts médicaux. Il n'y a plus de temps à perdre. Sous la pression de députés de plus en plus inquiets, le gouvernement a donc décidé de former en accéléré les plus jeunes. Pas question de brader pour autant le niveau des futurs médecins. Selon la note du ministère, les postulants seraient en effet sélectionnés parmi les mentions « Très bien » au Brevet, un tirage au sort venant ensuite désigner les 2 000 meilleurs élèves retenus.

Cette formation serait moins longue que les autres passerelles bientôt mises en place pour remplacer la PACES : il s’agirait en effet d’un cursus en cinq ans (qui délivrerait d'ailleurs un équivalent du Bac à l’issue de la troisième année) et ouvrirait l’exercice en médecine générale uniquement dans les déserts médicaux. En fait, les jeunes formés ne seraient pas thésés et pendant trois ans disposeraient d’une simple « attestation d’exercice en zones blanches », à condition d’accepter de travailler en tandem avec un généraliste déjà installé. Ce n’est qu’ensuite qu’ils pourraient, une fois leur thèse en poche, jouer dans la cour des grands en s’installant cette fois où bon leur semble. Précision d’importance : l’exercice précoce en zone déficitaire ne serait ouvert qu’aux jeunes de 18 ans révolus : c’était «une demande expresse de l’Ordre des médecins», précise la note.

Les « bébés médecins » ne font pas l'unanimité

D’après nos informations, trois universités seraient retenues pour expérimenter le dispositif de « filière courte ». Leur localisation sera bientôt annoncée : mais il est acquis que les jeunes de France entière pourront postuler, même s’ils ne sont pas rattachés géographiquement à la faculté en question. Nécessité fait loi : le dispositif devrait entrer en vigueur dès septembre prochain, sans attendre la réforme de la PACES programmée pour la rentrée 2020.

Pour l’heure, c’est la surprise qui domine parmi les décideurs et leaders de la profession. Seul le Pr Jean Sibilia semblait avoir été mis dans le secret, puisque le président de la Conférence des Doyens de facultés de médecine laisse entendre que les premières promotions de ces « bébés médecins » seront sans doute formées chez lui, à Strasbourg ! Les étudiants de l’ANEMF paraissent moins enthousiastes : « C’est nouveau : ils veulent transformer nos facs en jardins d’enfants ! Qu’on ne compte pas sur nous pour représenter ces néocarabins, » tempête, mi-figue, mi-raisin, leur cheffe de file, Clara Bonnavion. Quant au syndicaliste Jean-Paul Ortiz, il épingle surtout la méthode et dénonce dans cette affaire l’attitude sournoise de l’avenue de Ségur : « encore une réforme annoncée sans la moindre concertation préalable, » maugrée le président de la CSMF. Avant de conclure dans un éclat de rire : « en tout cas, j’espère bien que ces tout jeunes médecins viendront renforcer les rangs de la Confédération ! »