A Caen, Grenoble, Paris......

Après six mois de PACES, des carabins sur les rotules…

Par
Annick Bernhardt-Olivieri -
Publié le 09/03/2019
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Crédit photo : S. Toubon

Ils s'appellent Noa, Jonathan, Emie, Yasmine, Adam et Deborah. Ils ont rejoint en septembre les rangs des 59 257 étudiants inscrits cette année en PACES. Alors futurs carabins en juin dernier, ils avaient accepté de témoigner de leurs motivations auprès du « Quotidien ». Première bonne nouvelle, depuis : tous, sans exception, ont été acceptés en médecine. À la vérité, même si les péripéties de Parcours Sup ont été nombreuses, nous n'avions aucune crainte à cette étape-là pour nos jeunes bacheliers basés à Grenoble, Caen, Meaux ou à Achères, en Île-de-France !

Mais après 6 mois d'immersion dans le grand bain, où en sont nos aspirants médecins, ? Pour ce point d'étape ils n'ont pas été faciles à contacter. Car le temps en PACES est compté et le rythme, dixit plusieurs d'entre eux, « surhumain ».

Une sacrée détermination

Tous, ou presque, affichaient une sacrée détermination. Pour Yasmine en région parisienne et les trois inséparables carabins de Caen – Adam, Noa et Jonathan — c'était la médecine sinon rien ! Emie comme Yasmine s'étaient inscrites l'une à la Sorbonne, l'autre à Paris Diderot, – des facs qui expérimentent la PACES sans redoublement avec volontarisme pour la seconde et prudence pour la première. Et si Deborah la Grenobloise s'avouait « effrayée » par ces études « compliquées », la jeune fille avait quand même décidé de tenter la PACES pour « n'avoir jamais à regretter de ne pas l'avoir fait ». 

Tous ont évidemment réduit leur période estivale pour se consacrer à la préparation de cette année décisive via une prépa privée. À l’exception de Yasmine et Deborah qui ont préféré compter sur la qualité du tutorat de leurs facs respectives. Et si les trois mousquetaires de Caen n'ont pas suivi comme ils l'avaient envisagé, des cours de maths et de physique avec le père d'Adam, dès la mi-août, ils se sont attelés avec assiduité à une prépa payante. Depuis la rentrée, les trois Caennais complètent d'ailleurs leur formation universitaire par 4 heures de prépa, chaque samedi.

Et très vite il a fallu s'adapter. Chacun son rythme, chacun chemin… C'est quasiment dès le premier cours magistral que le très déterminé Adam a décidé de ne plus se rendre en fac, hormis pour les travaux dirigés. Rapidement, il lui est apparu que « c'était une perte de temps et que tout seul, j'allais plus vite ». Un peu plus tard, ses deux amis, Jonathan et Noa arrivent à la même conclusion et renoncent aux cours magistraux. Chacun opte pour un travail individuel tant à domicile qu'au sein de la bibliothèque.

Pour ces jeunes pousses de la médecine, la fac suppose aussi d'apprivoiser un agenda très chronophage. Avec des emplois du temps très stricts pour la majorité : lever dès 7 heures, une heure pour déjeuner et couchés à pas d'heure. Fortes amplitudes de travail quotidien, rares pauses, peu de sommeil… Seul Adam a réussi à conserver certaines activités sportives. Emie se ménage des pauses en visionnant des séries. Les autres ont totalement renoncé à faire autre chose que bachoter. Tous, sans exception, font état d'un rythme intense et continu qui dépasse largement ce à quoi ils s'étaient préparés. « Ce n'est pas l'enfer mais c'est lourd ! » lâche Adam qui est le seul à soutenir qu'il vit « assez bien » cette première année et que cela ne l'a « pas déprimé ».

Pour nos carabins, il y a eu également des surprises. Et pas forcément des bonnes… Noa, Jonathan et même Adam plus franc tireur, ont ainsi paru un peu « sonnés » par la forme des épreuves de cette année à Caen. Confrontés à des partiels totalement différents des modèles précédents, ils protestent.

Ce parcours du combattant semble user même les plus tenaces. Souvenons-nous de la détermination de Yasmine, qui juste après son bac avait fait un stage d'observation en orthodontie. « Aujourd'hui mon objectif est d'intégrer la filière odontologie. Et d'ailleurs les cours de la spécialité sur lesquels j'ai déjà pris de l'avance sont un moment de plaisir dans mes journées de travail ,» confirme-t-elle. L'enthousiasme est intact. Même si... En décembre Yasmine nous expliquait encore que, malgré la solidarité et les encouragements quotidiens d'étudiants plus avancés dans le cursus, la réalité de la PACES va bien au-delà de ce qu'elle s'attendait. « On ne peut imaginer ce que c'est, même après avoir lu 50 000 témoignages avant de commencer, vivre la PACES c'est perturbant. » Yasmine avoue aussi des moments d'épuisements extrêmes. . Elle explique avoir eu des larmes de soulagement en redécouvrant « le monde en dehors de la PACES » suite aux semaines d'isolement. 

Le couperet du 1er semestre

« Je suis très déçue… » Noa, seule fille du trio de la fac de Caen, ne cache pas elle non plus son désarroi. Classée 972e sur les 1 275 étudiants qui ont passé les premières épreuves (pour 1 334 inscrits). Avec en ligne de mire un numerus clausus à 200 en médecine, elle est encore loin du compte. Mais rien n'est encore impossible.

Dans la même fac, Adam aime le challenge ; et cela lui réussit. La preuve : le voilà 147e au classement provisoire. Un petit cran au-dessus de son ami Jonathan, placé 292e. Quant à « l'hésitante » et prudente grenobloise, Deborah, elle est 298e sur 1 343 inscrits. Pas si mal : pour un numerus clausus de 195, on admire ce premier bout de parcours plutôt bien joué ! À la Sorbonne, Emie a eu moins de chance. 900e sur les 2 334 inscrits de sa fac, elle vient de se réorienter vers l'ostéopathie. Discrète sur son classement, Yasmine assure qu'elle ne « va pas lâcher prise mais redoubler d'effort afin de réussir».

Quoi qu'il en soit, nos six jeunes carabins se sont lancés avec force, détermination et courage dans un véritable parcours du combattant. Leurs choix sont devenus un peu les nôtres. Nous continuerons à les suivre et à les encourager…

Annick Bernhardt-Olivieri

Source : lequotidiendumedecin.fr