Accusé de sexisme et d'homophobie, le vice-doyen de Lyon Sud est blanchi par l'enquête administrative

Par
Sophie Martos -
Publié le 02/10/2019

Crédit photo : S. Toubon

Dans un rapport* de 36 pages, dont « le Quotidien » a eu copie, l'Inspection générale de l'administration de l'Éducation nationale et de la Recherche (IGAENR) dédouane totalement le Pr Gilles Freyer, vice-doyen de la faculté de médecine de Lyon Sud, des accusations de propos sexistes et discriminatoires en amphi.

Le cancérologue était accusé d'avoir émaillé son cours de propos nauséabonds devant les étudiants de première année commune aux études de santé (PACES), lors du module « Santé, société, humanité » dont il est coordonnateur.

Les faits remontent à fin mai. S'appuyant sur des enregistrements audios, « Médiacités Lyon » avait révélé des contenus qualifiés de misogynes, homophobes et racistes tenus par le Pr Freyer lors de cours magistraux. Interpellée par l'Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF), Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, avait saisi l'IGAENR afin que « toute la lumière soit faite sur ce qu’il s’est passé ».

Les inspecteurs ont procédé à l'audition de plusieurs dizaines de personnes – membres de l'Université Lyon-1, doyen de la fac, enseignants, élus étudiants et représentants d'étudiants de l'ANEMF – et à l'analyse des enregistrements audios des cours du Pr Freyer (ainsi que des documents écrits relatifs à ces enseignements).

La liberté d'expression des enseignants

Les conclusions de l'enquête administrative sont sans appel. Les propos tenus « n'appellent ni saisine de la justice ni procédure disciplinaire ». Plus précisément, la mission assure qu'au regard du Code pénal (article 225-1), aucun propos du vice-doyen n’est constitutif d'une discrimination.

De même, au regard du code de l'Éducation (article L952-2), aucune faute professionnelle n'a été commise au regard de la liberté d'expression dont jouissent les enseignants dans l'exercice de leurs fonctions d'enseignement, sous réserve de respecter les principes de tolérance et d'objectivité. Les propos « ne cherchent ni à humilier, ni à ridiculiser quelques étudiants que ce soit », lit-on dans le rapport. 

Contexte 

La mission considère en revanche que l'enquête de « Mediacités » surinterprète des propos « qui ne peuvent être présentés comme inacceptables que lorsqu'ils sont sortis de leur contexte ». Par exemple, il était reproché à cet enseignant de soutenir l'existence de races humaines et de relativiser la lutte contre le racisme. Mais pour l'inspection, l'exposé entier infirme ce portrait. L'IGAENR précise ne pas être compétente pour « valider ou infirmer l'existence de races humaines » qui fait l'objet « de discussions scientifiques non tranchées ».

Sur le procès en misogynie, le rapport juge que la journaliste « n'apporte pas d'élément probant ». « La mission ne perçoit, dans les cours du Pr Freyer, aucune condescendance vis-à-vis des femmes, quoiqu'il affiche une vision plutôt traditionnelle, mais non réactionnaire, de l'organisation de la société et spécifiquement des relations entre les hommes et les femmes. » En revanche, « il n'est pas contestable qu'il entend discréditer le féminisme "radical" qui s'inscrirait, selon son analyse, dans le courant LGBT nord-américain », ajoutent les inspecteurs.  

Quand « Mediacités » affirme que le Pr Freyer brocarde la lutte contre l'homophobie et la décrédibilise, les inspecteurs sont à nouveau en désaccord. « Il n'est pas douteux qu'il n'éprouve pas une empathie particulière envers les militants LGBT+ mais il ne manifeste ni homophobie, ni transphobie, ni queer-phobie. » 

Et sur son supposé « prosélytisme anti-euthanasie », la mission fait l'analyse d'un enseignement « engagé dans le respect de l'état de droit en France », qu'il s'agisse des personnes malades ou des obligations des médecins.    

Goût évident de la provocation

Sur le plan éthique enfin et le caractère approprié ou non de l'enseignement du Pr Freyer, l'inspection note que, sur le fond, « l'enseignement de l'UE7 ne fait pas l'objet de critiques de la part des étudiants qui y sont nombreux et assidus ». Le rapport souligne aussi qu'un enseignant-chercheur a vocation, certes, a transmettre des connaissances mais aussi à « susciter des questions, non à se faire le porte-parole d'un discours convenu ». Aux yeux de l'IGAENR, « rien des cours écoutés par la mission ne permet d'en avoir la vision d'un enseignant idéologue ou propagandiste ».   

Néanmoins, la mission pointe le « goût évident » du Pr Freyer pour la provocation qui se traduit par des « petites phrases ou traits d'humour parfois intempestifs »« S'il donne l'impression d'être souvent provocateur, non sur le fond mais en marge de son enseignement, il ne dépasse cependant pas, selon la mission, les limites implicites qui lui impose son statut », peut-on lire.

La mission recommande néanmoins que l'enseignant tienne « davantage compte des sensibilités très vives qui s'expriment aujourd'hui sur les questions sociétales ». Un simple rappel à l'ordre ? 

* Enquête administrative relative aux enseignements dispensés dans le cadre de l'UE7 de la PACES (faculté de médecine Lyon Sud-Charles Mérieux, Université Claude-Bernard Lyon-1). Marie Cécile Laguette et Fabrice Lorente. 


Source : lequotidiendumedecin.fr