Coiffeur, barbier, qi gong, espace de micro-siestes

À Villeneuve-Saint-Georges, le service de pédiatrie de l'hôpital relooké en espace bien-être

Par
Sophie Martos -
Publié le 30/04/2020

L'hôpital de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne) a ouvert le 8 avril la Bulle, un lieu de détente pour ses 2 000 employés. Une bouffée d'oxygène par temps d'épidémie. Reportage.

La salle des plâtres devenue salon de massage

La salle des plâtres devenue salon de massage
Crédit photo : SEBASTIEN TOUBON

C'est un drôle d'air de spa qu'arborent depuis trois semaines les services de pédiatrie (hôpital de jour et chirurgie) du centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges (CHIV), dans le Val-de-Marne.

Depuis le 8 avril, les 2 000 personnels soignants, techniques et administratifs peuvent prendre rendez-vous à la Bulle, un espace de détente éphémère qui concentre coiffeur, barbier, massages dos-jambes-pieds, réflexologie plantaire, fauteuils massants, lieu de cocooning pour des micro-siestes, pratique du qi gong et rendez-vous avec une psychologue. Un violoncelliste passe une fois par semaine pour détendre l'ambiance.

La Bulle a pris ses quartiers dans une partie de l'unité globale de pédiatrie à la suite d'une baisse d'activité liée au Covid-19. La direction y a vu l'opportunité de transformer cette aile hospitalière en aire de repos. « Nous voyons bien que nos soignants et personnels sont sur les rotules, plusieurs chefs de service ont vite compris que l'épidémie allait durer dans le temps. Pour tenir le coup, on a lancé cette initiative de bien-être », explique Sophie Laurence, directrice de l'investissement au CHIV.

471 rendez-vous en 15 jours

Le programme change toutes les semaines en fonction de la disponibilité des prestataires. La Bulle est ouverte de 7 heures à 21 heures. Mercredi 22 avril, le carnet de rendez-vous déborde. 50 personnes sont attendues. « Une dizaine de prestataires rémunérés par l'hôpital travaillent ici. La bulle est pleine tout le temps, en deux semaines, nous avons enregistré 471 passages », détaille tout sourire Émeline Guérin, infirmière et cadre de santé responsable de l'endroit.

Espaces café, nouveau mobilier — fauteuils, bancs et chaises en bambou au style cosy et couleurs pastel (prêtés par deux sociétés d'ameublement) — diffuseurs d'huiles essentielles au thé vert pour gommer l'« odeur de l'hôpital » : tout est fait pour qu'on s'y sente bien.

Une quinzaine de salles d'habitude dédiées à la fabrication de plâtres, aux consultations ou aux opérations ont été transformées. Dans la salle de prélèvement et de soins d'oncohématologie, une coiffeuse-barbière s'est installée. Particulièrement demandée, elle reçoit ce mercredi une dizaine de personnels entre 16 heures et 21 heures. L'activité impose des mesures de sécurité importantes : surblouse, gants, masque pour le prestataire. Que ce soit le personnel ou le professionnel, le gel hydroalcoolique est obligatoire à l'entrée de la Bulle et du salon de coiffure improvisé. À deux mètres de là, Fabrice, responsable de site à l'hôpital, est impatient que l'on s'occupe de sa barbe. « Je n'ai pas pu la raser depuis le 20 mars ! Je suis content d'en profiter, c'est un moment de détente », lance-t-il enthousiaste.

Traumatismes

Juste à côté, dans la salle de plâtres, Nathalie Hugon, aide-soignante et masseuse à mi-temps, prépare l'arrivée de la prochaine personne. Elle change le drap sur la table, lance la musique, se lave les mains et met son masque. La demande, due aux conditions de travail intenses, est forte. « Les soignants ont besoin de lâcher prise, ils ont des tensions dans le haut du dos principalement, constate-t-elle. C'est une zone liée à la charge émotionnelle. » La douleur n'est pas seulement physique. Djamila Latrech est psychologue clinicienne au CHIV. Elle propose à la Bulle des séances d'hypnose et d'EMDR (technique de mouvements oculaires) pour travailler sur les traumatismes liés à la crise, gérer l'angoisse et la fatigue. Elle confie au « Quotidien » que le travail ne fait que commencer. « Je pense qu'il faudra mettre en place des accompagnements spécifiques post-Covid, les professionnels de santé sont épuisés, ils ont tous la tête dans le guidon, il faudra les soutenir », conclut-elle.  

Sophie Martos

Source : Le Quotidien du médecin