Mission sur Kaboul : un exemple d'utilisation en vie réelle de MORPHEE

Par
Damien Coulomb -
Publié le 05/07/2018

Le 20 janvier 2012, un soldat afghan, Abdul Sabor, ouvre le feu sur des formateurs français. Les tirs nourris font 4 morts sur le coup et 15 blessés, dont un décédera de ses blessures dans les semaines qui suivent. Pour le centre permanent de conduite des opérations, c'est un coup de tonnerre qui justifie que, pour la 5e fois de son histoire, le dispositif MORPHEE va être mobilisé.

L'Infirmier en soins généraux de grade 1 (ISG 1G) Nicolas a fait partie du vol. « Tout va très vite. On n'a pas eu le temps d'être surpris, se souvient-il. On nous a simplement dit que "Morphée est déclenché", et à partir de là nous avions 6 heures pour rejoindre la base aérienne. » Le contrat capacitaire donné à l'équipage (2 infirmiers anesthésistes, 2 médecins des forces aériennes et 3 convoyeurs de l'air) est de 12 heures. C’est-à-dire que le décollage doit intervenir moins de 12 heures après que le centre permanent de conduite des opérations pense qu'un nombre important de blessés va requérir l'armement de l'avion. Les 6 heures pour rassembler l'équipage ne sont pas de trop, vu que « la moitié de ses membres est située à Paris, précise le Médecin chef des services Patrick, ancien coordinateur du programme MORPHEE. L'escadrille aérosanitaire est localisée dans la base aérienne 107 de Villacoublay, plusieurs réanimateurs exercent à Paris. »

Le temps que les équipes arrivent, l'armée de l'air démonte l'équipement de l'avion et assemble les modules conservés dans des hangars sécurisés. L'équipe n'a plus qu'à se rassembler, attribuer les responsabilités et aménager chaque module pour l'accueil de son patient désigné.

« Toutes les informations nous provenaient du directeur médical sur place », se souvient l'ISG 1G Nicolas. L'équipage sait alors qu'il aura affaire à 5 blessés lourds et 7 blessés légers. Tous ont été surpris alors qu'ils organisaient un entraînement sportif et ne portaient pas de protections balistiques. Les blessés légers ont été touchés aux membres et dans les parties molles (comme le mollet) et les blessés lourds au thorax ou à l'abdomen. Une majorité de ces derniers sont intubés, ventilés et sous sédation. « Ils avaient tous été pris en charge et stabilisés avec une chirurgie d'hémostase », ajoute, l'ISG 1G Nicolas. La nature des blessures n'influence pas la position pendant le transport. « Le seul cas de figure ou un patient doit être mis en position assise est le traumatisme crânio-cérébral », ajoute l'ISG 1G Nicolas. Une situation non rencontrée en ce début de 2012.

La fatigue, principale ennemie

Neuf heures après le déclenchement de MORPHEE, c'est le moment des briefings, d'un dernier repas et éventuellement d'un moment de repos avant que l'avion ne s'envole. « La principale difficulté, c'est la fatigue, se souvient l'ISG G1 Nicolas. C'était une mission courte : nous avons été déclenchés un vendredi en milieu de matinée, avons décollé en début de soirée. Arrivés à Kaboul le lendemain, nous sommes revenus à Istre le samedi soir à midi. Dans l'intervalle nous n'avons quasiment pas dormi, même à l'aller car nous devions anticiper certains traitements. »

L'état d'un des 12 blessés s'aggrave brusquement lors du chargement : il est renvoyé à l'hôpital de campagne de l'armée française. Pour les autres, le retour à la maison se fait sans encombre, en dehors de quelques gestes mineurs comme une perfusion détachée à reposer.

« Il faut bien comprendre que MORPHEE s'inscrit dans une chaîne de prise en charge des blessés de guerre, précise l'ISG G1 Nicolas. Il n'aurait pas été possible de convoyer ces patients sans une prise en charge rapide et une bonne chirurgie d'amont ». Et quelquefois les choses ne sont pas aussi nettes comme lors de cette mission d'évacuation à Pristina, « en pleine guerre du Kosovo, un chirurgien a été contraint de faire une décharge en vol d'une plaie qui s'aggravait rapidement au niveau des membres supérieurs », se rappelle le médecin chef des services Patrick.

Damien Coulomb

Source : Le Quotidien du médecin: 9679