Dossier

Télémédecine, applis et IA en renfort

Les outils numériques au secours des urgences

Publié le 01/04/2019 - Mis à jour le 15/07/2019
Les outils numériques au secours des urgences

urgences
SEBASTIEN TOUBON

Intelligence artificielle (IA), big data, santé connectée, télémédecine… N'en déplaise aux technophobes, l'innovation s'impose à tous les étages de la prise en charge médicale de 67 millions de Français. Foulées chaque année par plus de 20 millions de personnes (+3 % par an), les 645 structures d'urgences (et 95 pédiatriques) sont concernées au premier chef. Spécialité éprouvante, en première ligne des maux de la société, la médecine d'urgence est l'une des disciplines les plus touchées par la pénurie de praticiens (26,7 % de taux de vacance temps plein) et l'une des plus perturbées par l'intérim médical.

Beaucoup de mesures ont déjà été imaginées pour désserrer l'étau – depuis les bed managers pour mieux gérer les lits d'aval, jusqu'à la création d'un forfait expérimental de réorientation des urgences légères vers un médecin de ville, à la faveur de la dernière loi de financement de la Sécu, en passant par l'essor de la médecine polyvalente.     

Mais à l'heure ou l'innovation est plébiscitée par l'État, le secteur tente de se réinventer avec les outils numériques. Objectif : anticiper, fluidifier, gagner du temps médical tout en améliorant la prise en charge des soins non programmés. « L'intelligence artificielle ne doit pas être utilisée pour remplacer l'urgentiste mais pour mieux orienter les patients dans les bonnes filières. C'est un apport très positif pour aider les médecins à se recentrer sur leur cœur de métier », s'enthousiasme le Dr Agnès Ricard-Hibon, présidente de la société française de médecine d'urgence (SFMU). « Les réticences sont derrière nous, confirme le Dr François Braun, patron de SAMU-Urgences de France. On est à 300 % pour ! » Les deux organisations ont lancé un groupe de travail ad hoc mi-2018. 

Sur le terrain, les initiatives se multiplient. En Ile-de-France, l'ARS planche sur un programme d'IA capable de prédire les pics d'activité (voir ci-contre). Après les maisons médicales de garde (MMG), la télémédecine s'invite à la porte des hôpitaux pour désengorger les services. C'est le pari de l'hôpital de Créteil (ci-dessous) qui vient d'ouvrir un centre de santé hybride. 

Et l'humain dans tout ça ? 

Outre la gestion de l'activité, le numérique aide déjà à l'optimisation des ressources humaines. Dans les déserts médicaux du Centre-Val de Loire, l'appli Whoog permet à un pool régional d'urgentistes de se déployer dans les services en tension (page 3). À l’origine utilisé pour les remplacements infirmiers, l'outil équipe 200 services d'urgences. 

Si les bénéfices des outils numériques semblent acquis, le fantasme d'une médecine d'urgence déshumanisée reste vivace. « Les urgentistes font de la télémédecine pour la prise en charge des AVC puisque le délai est directement lié au pronostic, on travaille ainsi vite et mieux, admet le Dr Christophe Prudhomme, porte-parole de l'AMUF. Mais imaginer régler les problèmes de démographie médicale par ce biais est un leurre. La médecine reste un contact individuel. Il vaudra toujours mieux une juste répartition des moyens sur le territoire. »

A.B.-I.