Creuse : l'ARS déclenche une enquête sur un décès dans un village isolé avant l'intervention des secours

Par
Jean-Pierre Gourvest -
Publié le 02/04/2019
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Crédit photo : S. Toubon

Alors que se sont déroulées à La Souterraine (Creuse) les premières Assises nationales de la santé et des secours dans les territoires (14 et 15 mars 2019), organisée par la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF), le SDIS 23 et l'union départementale, un malheureux fait divers illustre dramatiquement la partie des débats consacrée à l’urgence et à l’efficacité des interventions en zones désertifiées.

Le 26 mars, à 5 h 45, l’épouse d’un homme de 56 ans, résidant à Gentioux-Pigerolles (418 habitants), appelle les services de secours du département pour des douleurs abdominales ressenties par son mari. L’appel est renouvelé à 6 h 04, la situation du malade évoluant vers un malaise cardiaque, ce qui déclenche aussitôt l’intervention des pompiers cantonnés à Faux-la-Montagne (une demi-heure de route). Gentioux est situé en zone de petite montagne, sur les hauteurs du lac de Vassivière en Limousin, sur la partie creusoise du plateau de Millevaches. À l’arrivée des sauveteurs (6 h 24), le patient est hélas décédé.

Les bandes d’enregistrement des appels examinées

Sur ces faits, les élus locaux ont réagi, réclamant enquête et explications, soulignant le temps entre le premier coup de fil et l’intervention (presque trois quarts d'heure). Ainsi de Jean-Luc Léger, conseiller départemental du Canton de Felletin, qui est intervenu d’abord à la préfecture, puis auprès de l’agence régionale de santé (ARS) Nouvelle Aquitaine. Cette dernière a décidé de l’ouverture d’une enquête administrative, dont les résultats ne seront publiés que début mai prochain. La question de la gestion des appels sera posée, et une possibilité de dysfonctionnement évoquée, entre les SAMU de la Creuse et de la Corrèze. Les bandes d’enregistrement des appels seront examinées.

Pour le colonel Vincent Nézan, directeur adjoint du SDIS 23, « les procédures ont été respectées en regard du premier appel qui ne semblait pas urgent, pour lequel une simple ambulance privée a été envoyée, puis du second qui a déclenché par contre notre départ immédiat ». L’officier a également rappelé les réalités de son territoire : « Si vous voulez bénéficier de secours en quelques minutes, il vaut mieux habiter Paris que la Creuse. C’est dommage, mais c’est ainsi. »

L’incident ne peut que faire écho aux travaux des assises de La Souterraine sur la couverture territoriale des secours et la coordination entre les différents acteurs de l'urgence. Sur ces sujets, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) à l'intention de compiler les échanges sous la forme de propositions qui constitueront un livre blanc remis prochainement aux tutelles sanitaires.


Source : lequotidiendumedecin.fr