Au MEDEF, Buzyn fustige le « consumérisme médical » qui sature les urgences

Par
Anne Bayle-Iniguez -
Publié le 29/08/2019

Crédit photo : AFP

Canotier sur la tête et lunettes noires sur le nez, assis dans les gradins où semi-allongés dans les chaises longues parfaitement alignées sur la pelouse de l'hippodrome de Longchamp (Paris), ils sont plusieurs centaines d'entrepreneurs, industriels et membres du MEDEF venus ce jeudi 28 août assister à un débat sur… les inégalités de santé. La veille, le patron du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux, a inauguré cette première Rencontre des entrepreneurs de France (REF) sur le son très punk de « God Save the Queen » des Sex Pistols. 

Sur la grande scène qui tourne le dos au soleil montant, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, flatte le système de santé français dont « on peut être fiers », s'enthousiasme sur le travail « extraordinaire » des industriels et des chercheurs de l'Hexagone sur l'intelligence artificielle, loue des professionnels de santé « exceptionnels d'engagement et de qualité », cite Alexis de Tocqueville.

« Quand on a un enfant avec de la fièvre »

Puis, fatalement interrogée sur la crise des urgences, la ministre reprend son rôle politique pour évoquer le « consumérisme médical » qui embolise les hôpitaux et met à mal le principe d'accès à des soins de qualité pour tous. « La consommation de soins a complètement changé dans notre pays, a-t-elle attaqué[…]. Quand on a un enfant avec de la fièvre à 8 heures du soir, plus personne ne téléphone à un médecin pour essayer d'avoir un rendez-vous le lendemain. On se rend avec notre enfant aux urgences parce qu'on va avoir la biologie, un examen clinique, peut-être une radio des poumons. Ça va nous rassurer. En réalité, les urgences sont la porte d'entrée du système de soins, quelle que soit la pathologie, l'age, etc. Nous devons donc repenser le système à l'aune de ce consumérisme médical ou chacun cherche l'immédiateté du diagnostic et des examens, où plus personne ne tolère d'attendre deux jours un rendez-vous. »

Un système qui flambe

Dans l'attente du rapport sur la refondation des urgences du Dr Thomas Mesnier et du Pr Pierre Carli, la ministre a préféré s'en tenir au diagnostic sans préconiser de traitement, ni pointer du doigt un responsable – hormis le fameux « consommateur de soins » – à l'engorgement des quelque 500 services d'urgences français. « Nous sommes tous coupables », a-t-elle ajouté. À peine a-t-elle évoqué la nécessité d'une « tarification renouvelée » et d'un « décloisonnement » entre la ville et l'hôpital pour sortir de la crise. 

À sa gauche, le Dr Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France (AMUF) « très heureux et très honoré de parler devant le MEDEF », a rappelé qu'un système de santé dont la porte d'entrée a été ouverte « 24 millions de fois l'an dernier » ne peut être qu'un « système qui flambe ».

Et l'urgentiste ne s'est pas fait prier pour détailler ses solutions pour redresser la barre. Elles sont au nombre de trois. « Nous avons vraiment un problème avec le management à l'hôpital, souvent très narcissique et pervers », jette-t-il, alors que la ministre, qui connaît bien le sujet, opine du chef. Deuxième « truc qui est important » : « avoir une meilleure efficience de coopération entre les systèmes » de santé hospitalier et ambulatoire (entre autres). Troisièmement : « renforcer ponctuellement les moyens » sur des urgences en grande tension.

« Il n'y a pas de petits malades et de petits hôpitaux, a-t-il insisté. Bien sûr, nous avons besoin des CHU et de la recherche, et cette érudition est la force de la France. Mais il faut désormais considérer le moindre petit maillon de la chaîne des soins du système de santé comme important. »


Source : lequotidiendumedecin.fr