Rachat de Capio France par Vivalto Santé : les deux patrons de cliniques s'expliquent

Par
Anne Bayle-Iniguez -
Publié le 27/08/2018
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La semaine dernière, les groupes de cliniques Vivalto Santé et la branche française du géant suédois Capio sont entrés en négociations exclusives. Vivalto Santé à l'intention de racheter avant la fin de l'année les 22 cliniques françaises du groupe scandinave. Daniel Caille, PDG de Vivalto Santé, et Philippe Durand, directeur général de Capio France, répondent aux questions du « Quotidien » sur les coulisses de cette grande manœuvre et l'impact sur les 3 000 médecins libéraux qui pourraient, en 2019, travailler pour le troisième plus grand groupe de cliniques de France ainsi constitué. 

LE QUOTIDIEN : Comment s'est fait le rapprochement entre Vivalto Santé et Capio France ? 

DANIEL CAILLE (Vivalto Santé) : Les deux groupes se connaissent depuis quatre ou cinq ans, et nous avons même mutualisé notre politique d'achat pendant un temps avant de reprendre chacun notre liberté. Ce sont surtout les professionnels de santé de Vivalto et de Capio, qui aiment tous à pratiquer une chirurgie moderne, qui ont causé les uns avec les autres, contribuant ainsi à ce rapprochement. Nous l'envisagions avant mais ce n'était ni l'heure, ni le moment. En mai, le board [conseil d'administration, NDLR] de Capio a choisi de développer son activité scandinave, en cédant ses branches allemandes et françaises. Le 21 août, notre offre – qui n'était pas la seule – a été acceptée. Que ce soit en Ile-de-France, en Rhône-Alpes ou ailleurs, nos activités sont complémentaires : il n'y aura pas de souci avec la Haute Autorité de la concurrence, qui doit rendre son avis dans les deux prochains mois.

PHILIPPE DURAND (Capio France) : Le projet de Vivalto est extrêmement positif pour nous. Il a été très bien accueilli par les employés. Nous partageons la même vision du besoin de modernisation de la médecine, avec le développement de projets territoriaux forts fondés sur une logique de filières. C'est dans notre ADN.

Capio a fait de la récupération rapide après chirurgie (RRAC) sa marque de fabrique. Est-ce que cela sera une composante forte de la future stratégie médicale du nouveau groupe ?

D. CAILLE : Clairement oui, mais pas uniquement. Capio a introduit la nécessité de protocoles très précis dans les prises en charge rapides soignantes et médicales, notamment pour la chirurgie ambulatoire. Cette approche contribue à la synergie des deux groupes. 

Le groupe suédois s'est aussi fixé comme but d'atteindre un taux de chirurgie ambulatoire à 70 %. Est-ce un objectif commun ? 

D. CAILLE : Nos deux groupes affichent un taux identique de 64 %. Le taux de 70 % n'est pas un but en soi, mais nous nous y approchons doucement. Attention toutefois à l'effet de mode autour de la chirurgie ambulatoire, qu'il ne faut en aucun cas banaliser sous prétexte que le gouvernement porte la pratique en étendard. À Vivalto, les chirurgiens ont fait passer leur pratique d’un tiers à deux tiers en ambulatoire, mais cela ne représente toujours qu'un tiers du chiffre d'affaires des cliniques. 

Un tiers des 1 700 médecins libéraux exerçant dans les cliniques de Vivalto sont actionnaires. Les praticiens de Capio auront-ils accès à ce modèle de gouvernance ?

D. CAILLE : Ce modèle économique, c'est la prunelle de nos yeux ! Ce sera une possibilité offerte en 2019 aux médecins libéraux de Capio si le rachat est officialisé, mais ce ne sera jamais une obligation.

Ph. DURAND : Ce modèle économique, propre à Vivalto, est très intéressant à nos yeux. Nous avons tenté de faire de même, mais étant une société internationale cotée en Bourse, cela n'a pas été possible. 

En pleine pénurie médicale, cette gouvernance originale est-elle source d'attractivité auprès de la communauté médicale ? Les cliniques, de plus en plus concentrées, se battent les anesthésistes…

D. CAILLE : C'est effectivement le cas, mais ce n'est pas l'alpha et l'oméga. La pénurie est plus le fait des contraintes administratives imposées par les tutelles régionales que de la concentration du secteur privé hospitalier. On assiste à un double mouvement : local et national.  Dans les territoires, il faut construire des projets médicaux avec les médecins de ville. La vraie bataille est là et celui qui la remportera se différenciera des autres acteurs. Et au niveau national, la taille permet d'amortir des investissements lourds. Vivalto Santé et Capio France, c'est la construction d'un vrai numéro trois [derrière Ramsay Générale de Santé et Elsan, NDLR], fort de 3 000 praticiens libéraux, 11 000 salariés et plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires. 

Si le rachat a lieu, Vivalto Santé va-t-il continuer son expansion ?

D. CAILLE : Il n'est pas utile de se disperser. Nous allons nous renforcer là où nous sommes présents et consacrer la majorité des investissements à l'existant, comme Vivalto Dom (dispositif multidisciplinaire de suivi à domicile) ou notre programme numérique de suivi de la chimiothérapie orale. Nous avons déjà travaillé sur l'aval, il nous fait maintenant nous concentrer sur l'amont. C'est un chantier énorme.

Propos recueillis par Anne Bayle-Iniguez

Source : lequotidiendumedecin.fr