Forces et faiblesses du système de santé français

Les fédérations hospitalières tirent les premières leçons de la crise

Par
Martin Dumas Primbault -
Publié le 24/04/2020

Quels sont les enseignements de la crise sanitaire ? Complémentarité public/privé, prise de décisions, logistique : les fédérations hospitalières (FHF, FHP et Unicancer) ont livré leurs premières analyses, à l'occasion d'une visioconférence de l'Université du Change Management en Médecine (UC2M).

Le privé (lucratif et associatif) assure un quart de la capacité de réanimation nationale

Le privé (lucratif et associatif) assure un quart de la capacité de réanimation nationale
Crédit photo : SEBASTIEN TOUBON

L'épidémie de coronavirus marquera-t-elle l'an zéro de la reconstruction du système de santé ? Et quelles leçons peut-on déjà tirer, au moins pour le secteur hospitalier ? À l'invitation de l'Université du Change Management en Médecine (UC2M), plusieurs responsables de fédérations hospitalières ont tenté d'apporter des éléments de réponse.

Pour le Pr Jean-Louis Touraine, député LREM du Rhône et vice-président de la Fédération hospitalière de France (FHF), l'épidémie révèle « l'insuffisance » des réponses apportées au malaise profond et ancien de l'hôpital. Sous-investissement chronique, approche comptable, logique tarifaire inadaptée et actes non pertinents : l'élu lyonnais estime qu'il est temps « d'accepter loyalement de refonder notre système de santé » afin de « sortir de cette dommageable logique d'hôpital entreprise, sortir en grande partie du système de tarification à l'activité, et redonner toute leur humanité et leur hospitalité à nos hôpitaux ». Quant aux personnels, ils se sentent toujours « déconsidérés ». Il faut retrouver « l'esprit qui a présidé au moment du Conseil national de la résistance ou de la réforme hospitalière de 1958 », suggère le parlementaire qui voit grand pour la refondation. Autre enseignement majeur : « écouter la base, les professionnels, le terrain », y compris en s'écartant de certains principes « bureaucratiques » et de la technostructure.  

La science, juge de paix

D'accord sur une remise à plat, le Pr Jean-Yves Blay, président d’Unicancer (centres de lutte contre le cancer – CLCC), juge que cette crise illustre la nécessité de redonner une part centrale à la science dans la prise des décisions. « Il faut une approche rationnelle et pasteurienne » et « baser nos décisions médicales et d'organisation sur la science », exhorte le PU-PH, à l'heure ou prospèrent fake news et théories complotistes.  

La crise a révélé des dysfonctionnements d'organisation et de coordination sur le plan local, comme le déplore Lamine Gharbi, président de la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP). Même si la collaboration public/privé s'est installée, il y a eu des ratés et des retards. Dans le Grand Est, région frappée de plein fouet, dix jours ont été nécessaires pour « armer » les 110 lits de réanimation privés disponibles, faute d'approvisionnement en matériel de protection par l'État. Or, « c'est une erreur de croire que le public aurait pu faire face tout seul », martèle le représentant des cliniques qui fait valoir que « le privé, lucratif et associatif, prend en charge 26 % de la capacité de réanimation nationale ».

In fine, la coopération vitale et la solidarité entre les secteurs, souvent grâce à l'agilité et au dévouement des équipes, sera une des leçons positives. « Nous sommes différents mais nous sommes complémentaires », résume le Pr Jean-Yves Blay. Encore faut-il trouver le bon chef d'orchestre : aux yeux de beaucoup, les agences régionales de santé (ARS) doivent organiser cette collaboration territoriale – y compris avec la médecine libérale – en ayant un rôle de « facilitateur ». 

Délivrer les bons messages

La question de la pédagogie des autorités est également posée. Les messages sanitaires ont-ils été pertinents, proportionnés ? Tous les responsables hospitaliers et libéraux font le constat d'un renoncement aux soins, de moindre suivi des pathologies chroniques, de reports d'interventions préjudiciables. « Les patients n'osent plus venir dans les cabinets ou aux urgences », constate Lamine Gharbi. « Il faudra demain un retour des patients », abonde le Pr Jean-Yves Blay. Depuis quelques jours, le gouvernement exhorte les Français à continuer à se soigner... Là encore, les leçons devront être tirées.  

Martin Dumas Primbault et Cyrille Dupuis

Source : Le Quotidien du médecin