La communauté médicale à nouveau en deuil après le suicide d'une interne à Lyon

Par
Sophie Martos -
Publié le 06/05/2019
suicide lyon

suicide lyon
Crédit photo : S. Toubon

Une interne en première année d'hépato-gastro-entérologie s'est donné la mort le jeudi 2 mai, a annoncé le Syndicat autonome des internes des hôpitaux de Lyon (SAIHL) dans un message sur Twitter le 3 mai, suscitant une onde de choc dans la communauté médicale.  

Les circonstances de ce drame ne sont pas connues. Les marques de soutien de la profession se sont multipliées auprès de la famille de la disparue et des jeunes médecins.

Le groupe Facebook et le compte Twitter « Et ça se dit médecin » a rédigé un post pour partager sa tristesse et sa colère. « Le plus triste étant que ce n'est pas un cas isolé, on ne compte plus les internes décédés par suicide, dans le silence (...) les internes et les externes en burn-out, celles et ceux en dépression, celles et ceux qui tentent de mettre fin a leur jour… », peut-on lire.

Contacté par « le Quotidien », le président du SAIHL, Lucas Reynaud, précise qu'il souhaite, à la lumière de ce nouveau drame, entamer un travail sur « l'état des lieux des lois actuelles et une mise en évidence des difficultés de certains internes dans les services ». Selon l'Intersyndicale nationale des internes (ISNI), dont le SAIHL fait partie, cette interne s'apprêtait « à entrer dans un stage réputé difficile », commente Antoine Reydellet, président de la structure.

Dans un communiqué commun, les deux syndicats juniors et la Conférence nationale des doyens de médecine rappellent que les internes restent une population particulièrement fragile avec un risque de dépression supérieur à la moyenne nationale et qu'ils sont « quatre fois plus touchés par les idées suicidaires ».

Certificat entre deux portes

En tout état de cause, ce décès s'ajoute à une liste « déjà bien trop longue ». « Malgré les chiffres alarmants, les conditions de travail des internes restent extrêmement précaires, dénoncent les jeunes et les doyens. La visite auprès de la médecine du travail ou de la médecine universitaire n'est pas obligatoire et le certificat médical d'aptitude demandé en début de l'internat reste une formalité, réalisé entre deux portes, ne contenant pas d'évaluation psychologique. »

Ils précisent aussi que, selon plusieurs enquêtes, le temps de travail dépasse toujours les 48 heures par semaine et que les repos de sécurité « ne sont pas respectés partout ». « Deux autres internes ont tenté de mettre fin à leurs jours la semaine dernière », assure Antoine Reydellet. « Nous suivons une quinzaine d'internes en grande difficulté dans leur stage », souligne-t-il.

Changer de subdivision s'il le faut

La souffrance des jeunes médecins est une urgence. Un plan ministériel pour lutter contre la souffrance des étudiants en santé a été présenté en 2018, mais il tarde à se concrétiser. « Il est urgent d'agir, plaide Antoine Reydellet. Le centre national d'appui promis [l'une des mesures du plan, NDLR] n’existe toujours pas. Il a pour objectif d'accompagner les jeunes en souffrance, de donner des outils pour les risques psychosociaux et de faire changer un interne de subdivision s'il faut. »

Du côté des praticiens libéraux, le syndicat de généralistes MG France a également apporté son soutien indiquant qu'il fallait œuvrer « ensemble pour l’amélioration des conditions de formation et d’exercice de tous les médecins ».

 

Les HCL mettent en place des groupes de parole

Dès l'annonce du suicide, les équipes des Hospices civils de Lyon (HCL) se sont mobilisées auprès de la famille et des équipes médicales du Centre hospitalier Lyon Sud où la jeune femme avait effectué son premier semestre et de l'hôpital de la Croix-Rousse où elle devait démarrer son second semestre. 

« Les médecins et psychologues du travail sont allés à la rencontre des professionnels médicaux et paramédicaux et des internes des services d’hépato-gastro-entérologie de ces établissements, pour leur permettre d’exprimer leur douleur et leur chagrin face à la perte de leur collègue, explique au « Quotidien », la direction des HCL. Des groupes de parole ont été montés et des prises en charge et temps de parole individuels proposés, soit au niveau de la médecine du travail soit au niveau de la cellule d'urgence médico-psychologique (CUMP) du SAMU-69. » En parallèle, la direction du Centre hospitalier Lyon Sud a rencontré l'équipe de gastro-entérologie où l'interne venait de terminer son premier semestre.

Les HCL – avec l'appui du SAIHL et du président de CME – ont également adressé un message à tous les internes de la subdivision afin de rappeler les dispositifs existants pour les jeunes en difficulté « qui ont l'impression de perdre pied »

Ces derniers peuvent se tourner vers les référents de spécialités, la médecine du travail, les chefs de service, les coordonnateurs de DES, les syndicats, le réseau T.A.BOU mais aussi le Centre de prévention et d'intervention contre le harcèlement, le sexisme et la maltraitance des étudiants et des internes (CEPIM) fondée en 2019. Cette instance peut être consultée pour toutes problématiques pendant les stages hospitaliers (difficultés relationnelles, conditions de travail, situation de risques psychosociaux…).

 

Mise à jour à 19 h






Source : lequotidiendumedecin.fr