Hospitalisation à domicile : vents porteurs mais toujours des nuages en 2019

Par Cyrille Dupuis
Publié le 23/05/2019
- Mis à jour le 15/07/2019
had

had
Crédit photo : S. Toubon

Une situation économique « meilleure » mais toujours « fragile » : c'est en ces termes que le Dr Élisabeth Hubert, présidente de la Fédération nationale des établissements d'hospitalisation à domicile (FNEHAD), a résumé la situation du secteur à l'occasion d'une conférence de presse dans le cadre de la Paris Healthcare Week, le grand salon santé qui se tient pendant trois jours, porte de Versailles. 

Les signaux sont favorables pour les quelque 300 établissements HAD. L'activité (exprimée en nombre de journées) a bondi de près de 8 % en 2018, soit la plus forte progression depuis 2012. « La dynamique est généralisée, dans tous les territoires, y compris ruraux, a salué l'ex-ministre de la Santé. Et tous les établissements en bénéficient, que ce soit le privé lucratif, le public ou le secteur associatif. » 

Le cœur de métier de la HAD alimente cette croissance (soins palliatifs et pansements complexes) mais elle concerne aussi « la rééducation, les chimiothérapies injectables à domicile, la prise en charge d'enfants, etc.», détaille le Dr Hubert. Et pour 2019, la hausse d'activité se poursuit (+6 % au premier trimestre), confirmant la bonne tendance.

Moins de freins psychologiques

Économiquement, le secteur a été « plutôt satisfait » de la campagne tarifaire avec un « vrai 1 % » d'évolution en 2019 (soit 10 millions d'euros supplémentaires sur une enveloppe de un milliard), à quoi il faut ajouter les financements dédiés à la qualité (environ 4 millions d'euros pour un montant équivalent à 0,3 % des tarifs). Là encore, cette progression est la plus forte connue par la HAD depuis l'instauration de la T2A.

Politiquement enfin, la feuille de route de la loi de santé d'Agnès Buzyn qui « valorise la proximité, conforte le virage ambulatoire et investit sur le numérique » convient à Élisabeth Hubert. Quant aux « freins psychologiques » d'hier à propos de la HAD du côté des prescripteurs médecins généralistes, ils n'existent plus vraiment, se réjouit-elle, même si le secteur reste mal connu des praticiens libéraux. 

Pénurie dans certains métiers

Pour autant, plusieurs nuages assombrissent l'horizon.

Côté budgétaire, le coût très élevé de certains traitements (ou dispositifs) fragilise le modèle économique de l'hospitalisation à domicile. Et de citer le cas d'un patient avec une antibiothérapie à « 700 euros par jour » alors que le prix de journée HAD est rémunéré autour de 200 euros.     

La gouvernance locale inquiète aussi. Quid des futures communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), ces groupements au cœur de la réorganisation des soins de ville ? La crainte existe de négliger la place de la HAD, qui se trouverait marginalisée. « Nous ne sommes pas porteurs de projets médicaux mais nous voulons y être étroitement associés, d'une manière ou d'une autre », clame le Dr Élisabeth Hubert. Elle constate toutefois que les syndicats de médecins libéraux « ont compris que la HAD a sa place. »

Mais pour la présidente de la FNEHAD, le principal défi porte sur l'accélération du virage numérique d'une part et sur l'interopérabilité d'autre part. Et les choses vont beaucoup trop lentement à ses yeux. « Il y a trop d'endroits sans connexion haut débit ; or cette couverture réseau est indispensable. Les opérateurs doivent se débrouiller pour garantir ce service ! Et l'interopérabilité des logiciels doit se faire entre les libéraux, les établissements et le médico-social. » Le développement de la télémédecine est une opportunité à saisir pour les structures HAD.

Enfin, la question des difficultés de recrutement dans plusieurs métiers soignants devient cruciale, explique Élisabeth Hubert. « On ne trouve plus d'aides-soignants. Et on ne trouve plus de médecins généralistes. Où sont-ils ? » 


Source : lequotidiendumedecin.fr