Dossier

Malgré 1,5 milliard de plus sur trois ans et une reprise de dette

Hôpital : le plan d'urgence déçoit les soignants

Publié le 25/11/2019
Hôpital : le plan d'urgence déçoit les soignants

Edouard Philippe et Agnès Buzyn, deux ministres pour « redonner de l'oxygène » à l'hôpital
SEBASTIEN TOUBON

Un plan pour rien ? Mercredi dernier, Agnès Buzyn présentait, pour la troisième fois en cinq mois, un train de mesures pour calmer la grogne à l'hôpital. Mais la ministre pourrait avoir manqué sa cible. Les arbitrages, annoncés conjointement avec Édouard Philippe, ont fait grincer plus de dents qu'ils n'ont fait sourire.

Signe d'une situation de crise, le Premier ministre a pris la main, même s'il a rendu un hommage appuyé à Agnès Buzyn. Au menu principalement : 1,5 milliard d'euros supplémentaires sur trois ans, la reprise d'un tiers de la dette des hôpitaux (10 milliards d'euros) et une série de primes ciblées (encadré).

Certes, en portant l'ONDAM hospitalier de 2,1 à 2,4 % pour 2020 et en garantissant chaque année une hausse des tarifs d'au moins 0,2 % jusqu'à 2022, l'exécutif contente les fédérations. « C'est un plan de sauvetage qui va permettre à l'hôpital public de sortir la tête de l'eau », se félicite Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF). Lamine Gharbi, son homologue de la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP) salue « des mesures positives ».

Avec le relèvement et la sécurisation des crédits alloués aux missions d'enseignement, de recherche, de référence et d'innovation (MERRI), Agnès Buzyn s'attire le soutien des CHU. Les trois conférences – des présidents de CME, des doyens et des directeurs généraux – applaudissent le remède Buzyn/Philippe.

Clivages

Mais côté soignants, le plan laisse un goût très amer. En choisissant de revaloriser et d'étendre certaines primes au lieu d'augmenter le point d'indice et la grille salariale, l'exécutif a écarté la revendication historique des collectifs. Le Dr Anne Gervais, porte-parole du collectif inter-hôpitaux (CIH), tire la sonnette d'alarme : « On nous lance une bouée alors que nous sommes au milieu de l'océan, il nous faut les secours ! » L'infirmier Hugo Huon, président du collectif inter-urgences, met en garde contre la division induite par plusieurs « mesures injustes pour les paramédicaux ». Il blâme la prime de 800 euros annuelle accordée exclusivement aux soignants franciliens.

Pour les médecins aussi, c'est la douche froide. « La montagne a accouché d'une souris ! », ont réagi en chœur huit syndicats de PH et de jeunes (SNAM-HP, APH, CMH, INPH, CPH, Jeunes Médecins, ISNI, Avenir Jeunes Pharmaciens Hospitaliers). Jacques Trévidic, le président d'APH, et le Dr Rachel Bocher, présidente de l'INPH, relèvent les zones d'ombre d'un plan « qui n'est pas chiffré » et pour lequel ils affirment n'avoir pas été concertés. « Grande déception » aussi pour la Conférence des présidents de CME de centres hospitaliers (CH). Le lancement d'une mission sur la gouvernance leur fait craindre une mise à l'index « comme trop souvent » de leurs propositions en la matière.

Même les managers hospitaliers restent sur leur faim. S'il relève « indubitablement des points positifs », Jérémie Sécher, le président du SMPS, tire à boulets rouges sur « un ensemble de réponses technocratiques ». Et appelle « pour la première fois de son histoire à manifester avec les hospitaliers ».

Deux analyses

En clair, si elle recueille les louanges des fédérations et des CHU, qui vont retrouver des capacités d'investissement, les praticiens et les « petites mains » des hôpitaux restent dubitatives. D'autant que la détermination des grévistes reste intacte. « La colère est toujours grande », affirme Hugo Huon.

Une journée d'actions locales reste prévue le 30 novembre. Le collectif inter-hôpitaux prévoit une nouvelle grande manifestation des blouses blanches à Paris le 17 décembre. Absents du plan, les internes appellent à la grève illimitée à partir du 10 décembre. Médecins comme paramédicaux réclament plus que jamais l'ouverture de négociations statutaires et salariales pour obtenir le choc d'attractivité espéré.

Faute de réponse, les grévistes pourraient être tentés de frapper à la porte de l'Élysée. Les treize organisations syndicales et collectifs à l'origine de la manifestation historique du 14 novembre demandent à être reçues par Édouard Philippe et Emmanuel Macron.

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