Élections professionnelles des PH : les deux grands blocs se disputent la victoire, participation en nette baisse

Par Martin Dumas Primbault
Publié le 03/07/2019
- Mis à jour le 15/07/2019
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Crédit photo : S. Toubon

Ce mardi 2 juillet à 17 heures prenaient fin les élections professionnelles chez les praticiens hospitaliers (PH). Les résultats du triple vote, organisé par le Centre national de gestion (CNG) et la Direction générale de l'offre de soins (DGOS, ministère) consacrent une bipolarisation du paysage syndical dans les hôpitaux publics. Le taux de participation, inférieur à 25 %, est en baisse de trois points par rapport au scrutin de 2011 (28 %) alors qu'il dépassait les 48 % en 2005.

C'était à prévoir : les deux grandes alliances syndicales formées pour l'occasion se partagent l'immense majorité des sièges pour ce scrutin à trois niveaux : 14 commissions statutaires nationales (CSN), sept conseils de disciplines (CD) en médecine, chirurgie, anesthésie-réanimation, radiologie, biologie, psychiatrie et pharmacie ; et un conseil supérieur des personnels médicaux, odontologistes et pharmaceutiques (CSPM), nouvelle instance nationale au rôle plus politique constituée de trois collèges. 

Les hospitalo-universitaires (6 300 PU-PH et MCU-PH) ont voté pour élire leurs représentants au CSPM et à la CSN ; les PH titulaires (45 000) au CSPM, à la CSN et au CD ; les contractuels (40 000) au CSPM exclusivement.

La coalition INPH-CMH-SNAM-HP affrontait l'alliance Action praticiens hôpital (APH)-Jeunes Médecins. 

Action praticiens hôpital est né en 2015 de l'union de deux intersyndicales de praticiens hospitaliers : Avenir hospitalier et la Confédération des praticiens hospitaliers, cette dernière étant auparavant alliée de l'INPH pour les élections de 2011. Ce ralliement d'une liste à une autre de l'instance présidée par Jacques Trévidic a joué dans le bouleversement des équilibres syndicaux pour ces élections.

Commissions statutaires nationales : INPH-CMH-SNAM-HP en tête mais en perte de vitesse

S'il semble difficile de désigner un net vainqueur, la coalition INPH-CMH-SNAM-HP garde sa suprématie dans les sept CSN des hospitalo-universitaires.

Leur liste d'union, baptisée « Unis ensemble pour défendre l'hôpital », arrive en tête dans cinq spécialités (médecine, radiologie, biologie, psychiatrie et pharmacie).

Malgré tout, leurs adversaires de l'alliance APH-Jeunes Médecins, réalisent une percée chez les universitaires où ils ne siégeaient pas jusqu'à présent. Grâce au poids du SNPHARe et d'Avenir hospitalier, membres d'APH et structures très actives dans les spécialités d'anesthésie et de chirurgie, leur liste obtient trois des six sièges dans ces deux disciplines. APH et Jeunes médecins emportent aussi deux sièges sur six en médecine.

Côté PH dans ce même scrutin, les résultats sont plus équilibrés. En psychiatrie et en chirurgie, les deux alliances font jeu égal (trois élus chacune). En pharmacie, l'INPH et la CMH arrivent en tête avec cinq élus sur six.

La radiologie reste chasse gardée de l'union INPH-CMH-SNAM-HP qui rafle tous les sièges. Scénario inverse en anesthésie-réanimation où la coalition APH-Jeunes Médecins obtient six sièges sur six. Cette dernière confirme là son hégémonie dans la discipline (elle trustait cinq sièges jusqu'à présent). En biologie aussi, les deux syndicats arrivent en tête avec quatre élus sur six.

En médecine enfin, les résultats des PH sont plus dispersés. L'Association des médecins urgentistes (AMUF-CGT) y obtient un siège, en la personne de son président, le Dr Patrick Pelloux. La liste « Unis ensemble pour défendre l'hôpital public » arrive en tête avec trois élus contre deux pour la coalition APH-Jeunes médecins.

Conseils de discipline : des lignes de force nettes en anesthésie et en radiologie

Dans les CD – où votent uniquement les praticiens hospitaliers –, les lignes de force sont plus nettes d'une spécialité à une autre. La liste APH-Jeunes Médecins remporte 100 % des sièges en anesthésie (en en raflant deux au passage à ces adversaires) et celle portée par l'INPH confirme sa mainmise totale sur la radiologie. 

Égalité parfaite en revanche entre les deux alliances en médecine, chirurgie et psychiatrie. 

APH-Jeunes Médecins commet un hold-up de quatre sièges sur six sur la biologie, jusque-là entre les mains de l'autre camp. 

La pharmacie reste dans le giron de la coalition INPH-CMH-SNAM-HP, qui perd tout de même un siège sur six.

Conseil supérieur des personnels médicaux : un enjeu politique majeur

L'élection du CSPM consacre aussi la bipolarisation du paysage syndical pour les années à venir.

L'alliance INPH-CMH-SNAM-HP arrive en tête dans le collège des hospitalo-universitaires avec 4 sièges contre 1 concédé à son adversaire.

Dans les deux autres collèges (PH titulaires et PH contractuels), APH-Jeunes médecins obtient de justesse la majorité des sièges (3 sur 5 dans chaque collège).

Ni le Syndicat national des médecins hospitaliers (SNMH-FO) ni l'AMUF-CGT ne parviennent à tirer leur épingle du jeu.

Les deux camps revendiquent la victoire

Devant l'impossibilité de départager les deux camps, les deux listes se sont déclarées… vainqueurs du scrutin.

« Une victoire au service de l'action », salue le Dr Rachel Bocher, présidente de l'INPH qui affirme arriver en tête « en nombre de voix et de sièges ». Et de détailler : 8 élus sur 15 au CSPM ; 78 élus sur 126 dans les deux autres scrutins. « N’ayons pas peur des mots, même si c’est dans le cadre de listes communes, il s’agit bien là d’une victoire pour l’INPH », insiste la psychiatre nantaise. Elle en profite pour appeler les pouvoirs publics à « renouer un véritable dialogue constructif et réaliste au service de la qualité des soins » et promet une « rentrée studieuse, attentive et porteuse d'espoirs ».

De leur côté, APH et Jeunes Médecins se targuent d'être devenus « la première force syndicale représentative chez les PH titulaires ainsi que chez les PH non titulaires », faisant référence à leur victoire dans deux des trois collèges du CSPM. Ils demandent la reprise, « sans délai », des négociations statutaires interrompues en raison des élections « pour parler des rémunérations, des conditions d’exercice, et notamment des garanties sur le respect du temps de travail de tous les praticiens hospitaliers ».


Source : lequotidiendumedecin.fr