Dr Renaud Péquignot (APH) : « La santé est absente du Grand Débat national, c'est invraisemblable !  »

Par
Martin Dumas Primbault -
Publié le 04/03/2019
Renaud Péquignot

Renaud Péquignot
Crédit photo : APH

En marge du Grand Débat national, Action praticiens hôpital (APH) et Jeunes Médecins lancent une plateforme de consultation en ligne axée sur la santé et l'hôpital. Leur objectif ? Faire émerger des propositions du terrain en vue des concertations qui s'ouvrent avec le ministère autour de la future loi de santé, sur quatre thèmes : organisation, attractivité, financement et spécialités. « On constate un désir puissant de parler à l'hôpital. Il nous a donc semblé qu'il fallait donner la visibilité la plus vaste possible aux questions de santé », assure le Dr Renaud Péquignot, vice-président d'APH et chef du service de médecine et réadaptation des Hôpitaux de Saint-Maurice (Val-de-Marne). Entretien.

LE QUOTIDIEN : Pourquoi avoir créé cette plateforme ?

Dr RENAUD PÉQUIGNOT : La santé est absente du Grand Débat national, aussi bien dans les thèmes proposés que dans leurs déclinaisons, c'est invraisemblable ! On voit bien que dans toutes les petites assemblées, la question revient souvent. Les réunions organisées par l'AP-HP à ce propos ont un franc succès. On constate un désir puissant de parler à l'hôpital. Il nous a donc semblé qu'il fallait donner la visibilité la plus vaste possible aux questions de santé.

Notre plateforme est ouverte du 1er mars au 1er avril. Elle s’adresse aux médecins, aux soignants et aux citoyens. Nous proposons quatre grands thèmes : le modèle d’organisation, l’attractivité, le financement et les spécialités, particulièrement exposées ces derniers temps comme le SAMU, les urgences, les maternités, la psychiatrie ou encore la gériatrie. Nous laissons bien sûr aux internautes la possibilité d’en proposer d’autres dans une section « boîte à idées ». Notre rôle à nous, c’est de faire l’exposé des problèmes et de proposer des solutions. Les visiteurs peuvent ensuite discuter, voter et faire eux aussi leurs propositions.

Qu'allez-vous faire des résultats ?

Nous allons porter ce qui ressortira de cette plateforme directement devant le ministère. Nous ouvrons à partir du 5 mars un cycle de concertations autour du projet de loi de santé ; avant publication des textes tout au long des 12 à 18 mois qui viennent [pour les mesures prises par ordonnances, NDLR]. Ce qu’on espère, c’est pouvoir dire au gouvernement : « Regardez, il y a des milliers de votes sur telle ou telle proposition. »

Quelles sont les premières remontées de terrain ?

Les médecins hospitaliers sont très préoccupés par le financement des hôpitaux. La fin de la T2A [tarification à l'activité, NDLR] est une proposition qui a récolté beaucoup de votes. L’attractivité des professions inquiète aussi. La question du temps de travail a un certain succès mais les avis sont mitigés. Certains médecins considèrent qu’il est normal de travailler beaucoup. Mais le sujet le plus plébiscité, c’est l'intérim. Les médecins veulent l’assurance d’une taille d’équipe suffisante pour assurer la continuité des soins sans y avoir recours. L’intérim est vraiment la gangrène de l’hôpital. Ça coûte trois fois plus cher, donc on dépense énormément d’argent pour un temps médical minuscule et, ça, c’est ressenti par tout le monde.

Et vous, sur quels sujets serez-vous particulièrement vigilant lors des concertations ?

Il y a cette folie anti-agent public qui consiste à mettre du contractuel partout. C’est vraiment une erreur. Le statut de praticien hospitalier n’est peut-être pas fabuleux mais il détient une caractéristique importante : un PH est nommé au niveau national, il est indépendant de sa direction. L’indépendance professionnelle, c’est très important. À l’hôpital, notre liberté est gardée par ce statut national. Mais Macron n’aime pas ce statut car il préfère la mobilité. Il n’aime pas les titulaires, il ne veut que des contractuels. Le but étant évidemment que les travailleurs soient beaucoup plus dociles. Mais je ne suis pas certain qu’en étant sur un siège éjectable, on travaille mieux.

Il y a un autre sujet très important sur lequel on n’a pas du tout de précision. Il est question de rééquilibrer la gouvernance entre les managers et les médecins. Nous allons faire des propositions dans ce sens. Le problème, aujourd’hui, c’est que les CME [commission médicale d'établissement, NDLR] sont verrouillées car les chefs de pôle en sont membres de droit. Or ils sont choisis par le directeur et comptent pour presque la moitié des membres. Cela modifie fortement sa capacité d’opposition. Nous, ce qu’on va proposer, c’est qu’un chef de service ou un chef de pôle soit élu par les praticiens. Auquel cas il aurait un droit de vote à la CME. À l’inverse, un chef de pôle nommé par le directeur, lui, n’aurait pas le droit de vote. Cela permettrait au président de la CME d'être réellement indépendant du directeur.


Source : lequotidiendumedecin.fr