Dr Gérald Kierzek, urgentiste à l'Hôtel-Dieu, à côté de Notre-Dame : « une forte solidarité médicale et paramédicale »

Par
Sophie Martos -
Publié le 16/04/2019
notre dame incendie

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Crédit photo : S. Toubon

Situé à 100 mètres de Notre-Dame de Paris, l'hôpital de l'Hôtel-Dieu (Assistance publique – Hôpitaux de Paris) s'est aussitôt mobilisé, lundi soir, pour prendre en charge les victimes de l'incendie. Le service d’accueil des urgences a pris en charge trois personnes intervenant sur l’incendie pour des blessures légères, précise l'AP-HP. 

L'hôpital s’est organisé afin d'accueillir pendant toute la nuit, et encore ce mardi matin, les équipes de pompiers et bénévoles qui ont lutté contre l’incendie. Des locaux ont été mis à disposition afin qu’ils puissent se reposer. La cellule d'urgence médico-psychologique de Paris (CUMP), sous la supervision du Dr Gaëlle Abgrall, a été activée et a déjà pris en charge une quarantaine de personnes.

Le Dr Gérald Kierzek, médecin urgentiste et chroniqueur santé, était sur place et livre son témoignage au « Quotidien ». Il salue la forte solidarité médicale et paramédicale dans la gestion de ce drame. 

LE QUOTIDIEN : Comment avez-vous vécu cette soirée ?

Dr GERALD KIERZEK : Je suis arrivé à l'Hôtel-Dieu vers 19H, j'ai vu de la fumée blanche mais je n'ai pas retrouvé l'odeur des incendies probablement parce qu'il n'y avait pas de plastique. Plusieurs collègues médecins se sont déplacés spontanément et bénévolement. L'équipe de jour est restée sur place. Des psychiatres sont également arrivés. Un chirurgien n'habitant pas très loin m'a aussi contacté pour savoir si nous avions besoin d'aide. Il y a eu une forte solidarité médicale et paramédicale.

Tous les jours, on voit Notre-Dame et je me dis quelle chance on a de travailler ici ! C'est un endroit particulier, la cathédrale est majestueuse et visitée par plus de 13 millions de personnes.

Comment se sont organisées les urgences ?

Mon collègue, Guillaume Gandoin, infirmier urgentiste qui est formé en (médecine) « catastrophe » avait déjà pré-organisé les choses. Le plan Hôtel-Dieu était déclenché. Les médecins de la journée et de garde étaient là. On est malheureusement un peu rôdé à ces organisations notamment à cause des attentats. Ça se met en place assez rapidement. La première étape du plan est l'évacuation rapide des box des urgences, soit une dizaine de personnes.

La deuxième étape, en lien avec le SAMU de Paris, est de mettre en place le poste médical avancé [PMA] dans le hall de l'Hôtel-Dieu. Nous sommes dans une situation géographique stratégique, l'hôpital est au pied de Notre-Dame. Le triage entre les urgences relatives et les urgences absolues pouvait être fait à l'abri dans le hall de l'hôpital. À ce stade, c'était encore le début de l'incendie, nous ne savions pas comment cela évoluerait.

Rapidement, on nous a dit que les civils sur l'aile gauche de Notre-Dame, dans la rue du Cloître-Notre-Dame, étaient évacués. Nous avons alors travaillé conjointement avec les équipes de pompiers et du SAMU.

L'AP-HP a également mis en place la cellule d'urgences médico-psychologique (CUMP) également dans le hall [une quarantaine de personnes ont été prises en charge, a précisé ce mardi l'AP-HP dans un communiqué]. J'ai fini à 1H30. Je suis revenu à 5H ce matin, les équipes de la veille étaient encore sur place.

Combien de personnes ont été prises en charge ?

Nous avons pris en charge quelques pompiers au bout d'une heure. Ils ont eu un coup de chaud, c’est-à-dire qu'ils étaient incapables de continuer à lutter contre le feu. Ils arrivent en sueur, en nage et désorientés. Il faut leur mettre de l'oxygène, les réhydrater et les mettre au repos. Je précise qu'il y a des rotations de pompiers. On nous avait prévenus qu'une trentaine de pompiers pourraient être pris en charge. Finalement, les rotations ont été très bien gérées.

Enfin, nous avions établi une zone de ravitaillement avec de l'eau et de la nourriture pour que les pompiers tiennent toute la nuit et soient dans une zone au calme. Nous avons même mis des lits s'ils souhaitaient se reposer. 


Source : lequotidiendumedecin.fr