Des internes « en souffrance » et « délaissés », le SOS d’un jeune médecin en révolte

Par
Stéphane Long -
Publié le 04/02/2017
souffrance

souffrance
Crédit photo : S. TOUBON

« Réveillez-vous tous ! Regardez chacun de vos internes dans les yeux et demandez-leur comment ils vont. » Dans une lettre ouverte adressée au monde médical et aux pouvoirs publics (voir ci-dessous), un jeune médecin de 30 ans appelle à une prise de conscience de la souffrance morale des étudiants en médecine.

Interne en chirurgie jusqu’au mois de novembre dernier, Dominique (*) décrit un monde hospitalier stressant et anxiogène pour des jeunes gens livrés à eux-mêmes, délaissés par leurs aînés, harcelés par leurs chefs. « Ça ne cesse de se dégrader, confie Dominique au “Quotidien”. La charge de travail, la pression des patients, l'urgence permanente… On nous en demande toujours plus... » Pour quelle reconnaissance ? « On nous dit toujours quand ça ne va pas, mais jamais quand ça va ! »

Le jeune chirurgien dénonce un système monarchique où le patron est tout-puissant : « Ils font ce qu’ils veulent, il n’y a aucun contre-pouvoir, il faut acquiescer à tout, sans rien dire. On a l’impression d’être en Chine ! »

Le suicide d’un interne à Marseille, un électrochoc

C’est en apprenant le suicide d’un interne, à Marseille, il y a près d’un an, que Dominique a entrepris l’écriture de ce texte.

« J’ai eu envie de faire la même chose que lui, parce que la pression était trop importante et que je me disais que je n’y arriverais jamais. Lui est passé à l’acte. Et moi non. J’ai essayé de comprendre pourquoi. »

Plusieurs mois après ce dramatique événement, le jeune médecin a choisi de diffuser ce texte avec l’espoir de faire bouger les choses. « ll faudrait que les chefs de service se remettent en question, qu’ils ravalent leur fierté, qu’ils écoutent les internes et qu’ils prennent en considération sans qu’on ait à craindre de représailles », suggère Dominique.

Dans moins d'un an, le médecin prendra un nouveau poste à l’hôpital, une nouvelle étape qu’il appréhende. « Mais je reste optimiste. Il y a des gens autour de moi qui eux aussi ont envie de se battre et de changer les choses… Ça me donne la rage ! »

(*) Son prénom a été modifié pour préserver son anonymat.

Les structures nationales d'étudiants (ANEMF) et d'internes en médecine (ISNI et ISNAR-IMG) et des chefs de clinique (ISNCCA) ont annoncé mardi 31 janvier le lancement d'une grande enquête nationale sur la santé mentale des jeunes en médecine

Le Syndicat des Internes des Hôpitaux de Paris (SIHP) a mis en place un dispositif d’aide aux internes, « SOS SIHP ».


Source : lequotidiendumedecin.fr