Derrière le dédale de couloirs et de services médicaux, les hôpitaux cacheraient-ils des étages entiers occupés par des administratifs rivés inutilement derrière une montagne de paperasse ? À en croire le Rassemblement national, le pot aux roses a été découvert et la chasse à la « bureaucratie » doit être lancée immédiatement.
La cible du RN est positionnée sur ces fameux « postes administratifs », pas précisément définis mais occupés par des personnels « non médicaux » et « non soignants », chargés notamment de tâches de secrétariat ou de facturation, de fonctions support mais aussi de la gestion des services RH, financiers et juridiques. Dans le cadre du débat sur le PLFSS, le député du RN Christophe Bentz, membre de la commission des affaires sociales, a proposé de « réduire de 10 % » le nombre de ces postes administratifs, afin de recentrer les ressources humaines et financières sur « le cœur de mission des hôpitaux : le soin aux patients ». « Une part importante des effectifs et des dépenses est absorbée par les postes administratifs », martèle-t-il.
Depuis dix ans, nous avons donné plus de place aux soignants et moins de place aux administratifs. Est-ce suffisant ? C’est le débat que vous posez
Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics
L’idée n’est pas neuve mais piochée dans le programme de Marine Le Pen pour l’élection présidentielle de 2022. La candidate proposait alors de fixer un « plafond de postes administratifs » dans chaque hôpital (un maximum de 10 % des effectifs précisément) pour prioriser les recrutements dans le soin. En 2017, François Fillon plaçait la « débureaucratisation » de l’hôpital au cœur de son programme santé avec la suppression de dizaine de milliers de fonctionnaires (500 000 postes sur cinq ans dans l’ensemble des trois fonctions publiques – État, hospitalière, territoriale).
Aujourd’hui, l’offensive est relayée aussi par le MoDem, par la voix de Philippe Vigier. Lors de la discussion générale en amont des débats du PLFSS 2026, le député s’est avancée lui sur le terrain. « Quand je dis que dans certains CHU, il y a 33 % d’administratifs et 66 % de soignants, je pense qu’il faudrait évoluer… », a-t-il soupiré.
Aucune explosion du taux d’administratifs
Quelques minutes plus tard, Amélie de Montchalin, la ministre des Comptes publics, a voulu recadrer ce débat en séance. « J’ai pu retrouver, grâce à mes équipes formidables, la croissance du personnel médical dans les hôpitaux publics et privés français entre 2013 et 2023 : c’est +18% ! Sur la même période, la croissance du personnel administratif, c’est seulement 8 %. Donc, nous avons déjà “déformé” la population qui travaille dans les hôpitaux pour donner plus de place aux soignants et moins de place aux administratifs. Est-ce suffisant ? C’est le débat que vous posez ».
Les études confirment en tout cas qu’il n’y a pas d’explosion récente de la proportion de personnel administratif, loin s’en faut. Selon la direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees, ministère), la part dans les effectifs salariés hospitaliers du personnel administratif (11,3 %) est restée « globalement stable » durant la période de fin 2003 à fin 2023.
« Débureaucratiser », un argument parfois simpliste
Plusieurs experts battent en brèche la réalité de la suradministration hospitalière et surtout la pertinence de couper à la serpe dans des effectifs non soignants. « Ce sont des formules toutes faites qui font plaisir à entendre », tranche Jean-Paul Segade, président d’honneur du Cercle de recherche et d’analyse sur la protection sociale (CRAPS), également ex-directeur général des hôpitaux marseillais de l’AP-HM. D’autant que ces agents occupent des postes très différents dont une majorité de… secrétaires médicales, « des auxiliaires indispensables à l'activité médicale », insiste Jean-Paul Segade. Sans elles, les hôpitaux subiraient une désorganisation accrue de leur fonctionnement. Et les tâches administratives incomberaient, faute de personnel dédié, aux soignants…
Ce scénario est aussi évoqué par François Crémieux, directeur général de l’AP-HM et le Pr Jean-Luc Jouve, président de la CME du CHU marseillais. Dans une tribune publiée dans Le Monde, tous deux pourfendent l’idée reçue selon laquelle l’hôpital public souffrirait d’une bureaucratisation excessive. « Après des années de rigueur budgétaire, nos hôpitaux ne sont pas suradministrés, peut-on lire. Ils manquent, au contraire, d’appuis administratifs et logistiques pour soulager les soignants. Quel témoignage sur l’hôpital ne fait pas référence au fait que médecins ou paramédicaux sont accaparés par des tâches administratives ? Ajouter du personnel administratif en appui des médecins, ce n’est pas bureaucratiser l’hôpital, mais débureaucratiser la médecine. » Et de défendre toutes ces fonctions de support (secrétaires médicales qui assurent le suivi des malades, travailleurs sociaux, équipes informatiques, techniciens ou logisticiens qui garantissent chaque jour la restauration, le linge ou les transports., etc.), autant de métiers « aussi peu visibles qu’indispensables, qui permettent à l’hôpital de tenir debout ». Bref, derrière les slogans, il y a la réalité de l’hôpital.
Riwan Yahmi, agrégé d'économie et de gestion, abonde en ce sens, fustigeant l’approche du RN. « Cette proposition politique est démagogique, très simple à comprendre et désigne un bouc émissaire facile : personne n’aime la paperasse et les personnes qui s’en chargent », dit-il, s’appuyant sur une note corédigée pour l’Institut Jean Jaurès. Cette dernière dénonçait « le mythe selon lequel la réduction du nombre d’agents administratifs réduirait mécaniquement la production administrative (…). Ce projet pourrait avoir pour effet pervers de reporter la charge de fonctions administratives essentielles de planification, de transmission d’informations et gestion des ressources sur des personnels soignants et donc de diminuer le temps que ces derniers consacrent aux soins ».
L’AP-HP vise un déficit ramené à 285 millions d’euros en 2026
Procès Péchier : la perpétuité requise contre l'anesthésiste, qualifié de « tueur en série »
« Nos hôpitaux refusent de mourir » : manif contre la fusion des sites Aulnay-Montreuil-Montfermeil
Frédéric Péchier se dit toujours innocent mais admet la présence d’un empoisonneur