Rapport sur la santé au travail : les médecins divisés sur les objectifs du gouvernement

Par
Marie Foult -
Publié le 28/08/2018
santé au travail

santé au travail
Crédit photo : S. Toubon

La députée du Nord, Charlotte Lecocq, a remis ce mardi 28 août au Premier ministre son rapport sur la santé au travail. Ce dernier, qui vise à transformer le système de prévention des risques professionnels, divise les professionnels de la santé au travail.

Parmi les recommandations de ce rapport pour améliorer la prévention, la création de guichets uniques régionaux – qui réuniraient les services de santé au travail interentreprises, les représentations régionales de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), et les agents chargés de la prévention au sein des Carsat (assurance-maladie) – sont particulièrement appréciés de la CFE-CGC, auditionnée par l'équipe chargée du rapport.

« Nous sommes satisfaits de cette mesure car nous avions souligné la problématique devant les auteurs du rapport, indique le Dr Anne-Michèle Chartier, présidente de la CFE-CGC Santé au travail. Il y a beaucoup de personnes, de structures, qui œuvrent pour la santé au travail, mais elles ne sont pas coordonnées entre elles. »

Objectif 2020

Seule interrogation pour le syndicat de cadres, jusqu'ici peu satisfait de l'action du gouvernement en matière de prévention, la mise en place de ces propositions. « On nous a indiqué que ces mesures seraient mises en application en 2020. J'espère que cela sera faisable, nous allons en tout cas nous y atteler », précise le Dr Chartier.

Pour la CGT en revanche, tout reste à faire. Le Dr Gilles Seitz, animateur du collectif de médecins du travail de l'Ugict-CGT (cadres et techniciens), qualifie même le rapport de « catastrophique » en termes de prévention. « On est toujours dans la gestion des risques professionnels, au lieu d'être dans la prévention, tacle le médecin du travail. Il y a une sélection de la main-d’œuvre par l'aptitude, au lieu d'avoir une adaptation du poste au travailleur. »

Enfin, le collectif de médecins du travail n'approuve pas non plus le suivi de catégories de salariés identifiés (par exemple les salariés du « particulier employeur » – aides ménagers, jardiniers, garde d'enfant, soutien scolaire) par des médecins généralistes ayant passé une convention avec une structure régionale.

Du côté des médecins de ville, seul le Syndicat des médecins libéraux (SML) a réagi à ce rapport, demandant à ce que « les médecins libéraux et en particulier les médecins traitants » soient associés à ces propositions.

Discussions à venir

Interrogée ce matin sur France Inter, la députée Charlotte Lecocq a également souligné la nécessité de « redonner une image positive aux acteurs de la santé au travail ». « Il y a une frustration pour eux de ne pas pouvoir toujours répondre aux besoins, car il y a beaucoup d'entreprises à suivre », a admis la parlementaire. 

Le contenu du rapport doit encore être discuté avec les partenaires sociaux, « en vue de l’élaboration d’un programme de travail en matière sociale », a précisé Matignon ce mardi. Les discussions commencent ce mercredi. 

« Le système actuel est source d’inefficacités : il mobilise un grand nombre d’acteurs, avec des moyens très significatifs. Il génère des doublons, des interférences et nécessite une coordination très consommatrice de ressources, notamment en temps, de cette multiplicité d’acteurs. Sur les territoires, pour les entreprises et leurs salariés, en particulier dans les TPE et PME, l’offre de service de ce système n’est pas lisible », a également admis Matignon.

Une négociation interprofessionnelle « dont le champ reste à fixer » pourrait ensuite se tenir sur la base de ces orientations, a par ailleurs indiqué le Premier ministre à la réception du rapport. 


Source : lequotidiendumedecin.fr