Produits capillaires : les persulfates dans la ligne de mire de l'ANSES

Par
Coline Garré -
Publié le 12/06/2019
décoloration capillaire

décoloration capillaire
Crédit photo : PHANIE

L'utilisation des persulfates d'ammonium, de potassium et de sodium dans les produits de décoloration capillaire présente des risques pour la santé des coiffeurs et des consommateurs, alerte l'Agence nationale de sécuritaire sanitaire (ANSES) dans un avis publié ce 12 juin

Les dangers liés aux persulfates en matière de sensibilisation respiratoire et cutanée sont bien connus, et depuis longtemps (131 publications entre 1955 et 2018 relatent des effets adverses !). Ces substances aux propriétés oxydantes sont déjà classées comme sensibilisants respiratoires et cutanées dans le règlement européen CLP (CE n° 1272/2008) ; elles représentent la 2e cause des asthmes professionnels en lien avec les expositions aux produits chimiques, selon l'Observatoire national des asthmes professionnels, et sont inscrites aux tableaux 65 et 66 des maladies professionnelles, en tant qu'agents responsables d'asthme professionnel et d'eczéma allergique depuis 2003. 

Plus de 1 000 cas de pathologies en lien avec les persulfates 

Dans son avis, l'ANSES actualise les usages à risque. Ceux-ci concernent essentiellement (à 97,9 %) les professionnels du secteur de la coiffure, lors de la préparation, de l'application et du rinçage des produits capillaires.

Entre 2001 et 2015, 1 144 cas de pathologies professionnelles liées aux persulfates (asthmes, dermatites allergiques de contact, rhinites, urticaires, choc anaphylactique, autres maladies respiratoires) ont été recensés en France par le RNV3P*. Parmi eux, 93,8 % touchent des femmes, 26,5 %, des travailleurs de moins de 20 ans et 25,3 %, des apprentis. Lorsque la question de l’aptitude au poste était renseignée, 37,7 % des travailleurs ont été déclarés inaptes de manière permanente (ce qui implique une réorientation professionnelle), 5 % inaptes temporairement, 36,5 % aptes sous réserve. Des résultats similaires sont observés dans les autres pays (Royaume-Uni, Pays-Bas, Allemagne, Suisse, Autriche, Finlande, etc.)

Par ailleurs, l'ANSES considère qu'un risque existe également pour les consommateurs, qu'ils soient clients des salons de coiffure ou qu'ils utilisent ces produits à domicile. 

Des mesures de gestion de risques insuffisantes 

L'Agence considère que les mesures de gestion de risque actuellement en place sont insuffisantes – la seule mesure efficace étant l'éviction de l'allergène – et appelle à des actions supplémentaires.

L'un des prérequis est de soumettre les usages des persulfates au règlement (CE) 1 223/2009 relatif aux produits cosmétiques, plutôt qu'au règlement REACH (relatif aux substances chimiques, qui exclut actuellement les usages cosmétiques de ces produits). Et de mettre en œuvre les dispositions prévues par le premier règlement à savoir, un contrôle de la sécurité des produits et des effets indésirables graves par une autorité compétente de l'État membre, et le cas échéant, la mise en conformité ou le retrait du produit. Cette inscription dans le règlement CE 1 223/2009 devrait aussi permettre de rendre obligatoire l'étiquetage des produits comme sensibilisants. 

L'ANSES recommande l'amélioration de la formation des professionnels de la coiffure pour susciter une prise de conscience sur les risques liés à l’exposition aux persulfates, sur les mesures de prévention organisationnelles et sur les équipements de protection collectifs et individuels.

Enfin, elle considère que la mise en place d’une valeur limite d’exposition professionnelle harmonisée pour les trois persulfates, et d’une classification harmonisée pour le persulfate de sodium serait globalement bénéfique pour améliorer la santé et la sécurité des travailleurs. 

* Le Réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles


Source : lequotidiendumedecin.fr