À l’occasion de la trentième journée nationale de prévention du suicide, ce jeudi 5 février 2026, le ministère de la Santé met à disposition des hôpitaux, cliniques et Ehpad une grille d’autoévaluation en ligne qui permet d’identifier les risques liés à l’environnement de soins susceptibles de favoriser le passage à l’acte des patients.
En France, il n’existe pas de base de données spécifique sur les suicides et tentatives de suicide dans les lieux de soins. Depuis les années quatre-vingt-dix, la littérature estime toutefois qu’une centaine de suicides ont lieu chaque année dans les Ehpad. Plus récemment, entre mars 2017 et juin 2021, la Haute Autorité de santé (HAS) a analysé 795 cas de suicide et de tentative de suicide déclarés dans le dispositif des événements indésirables graves associés aux soins (EIGS), pour l’essentiel en établissements sanitaires et en Ehpad.
« Les poubelles sont-elles exemptes de sacs en plastique pouvant présenter un risque d’étouffement ? Les étagères et supports de rangement sont-ils solidement fixés avec des attaches inviolables ?
Grille d’auto-évaluation de la sécurisation de l’environnement de soins
Concrètement, le nouvel outil prend la forme d’un questionnaire en ligne destiné aux soignants, aux services techniques et aux équipes de direction des hôpitaux et Ehpad. Entre deux et quatre heures sont nécessaires pour réaliser une autoévaluation initiale approfondie de la sécurisation de l’environnement de soins ; ensuite, une autoévaluation de suivi pourra être réalisée chaque année. Chaque pièce est passée au crible : chambre, la salle de bains et toilettes, chambre d’isolement, salle à manger, entrée ainsi que couloirs.
Pour chaque question, les attendus sont précis et un guide aide les équipes à y répondre : « Les poubelles sont-elles exemptes de sacs en plastique pouvant présenter un risque d’étouffement ? Les étagères et supports de rangement sont-ils solidement fixés avec des attaches inviolables, conçus sans point d’ancrage, et les objets lourds sont-ils sécurisés au sol pour éviter tout usage détourné ou démontage ? Les cadres photos ou tableaux sont-ils conçus et installés de manière à prévenir tout risque de bris, de démontage ou d’utilisation comme point de ligature (matériaux incassables, fixations inviolables, absence de points d’accrochage) ? », etc. Quant aux réponses, trois possibilités apparaissent : fait, pas fait, non applicable.
Influence américaine
Des problématiques humaines se nichent derrière ce questionnaire visant à prévenir le risque suicidaire en établissement. « Les médecins sont lourdement touchés par les patients à qui cela arrive. Traumatisés, les soignants peuvent changer de service et ressentir de la culpabilité », explique le Pr Fabrice Jollant, psychiatre à l’hôpital Paul-Brousse (Villejuif, AP-HP), membre de l’Observatoire national du suicide qui a participé à la conception de la grille avec la DGOS (ministère de la Santé). « L’outil est diffusé très largement pour que les équipes puissent partager une culture de la prévention du suicide », ajoute Caroline Bizet, cheffe de projet « qualité et pertinence » de la DGOS.
Ce questionnaire est inspiré de la check-list américaine relative à l'environnement de soins en santé mentale, développée outre-Atlantique par le National center for patient safety des hôpitaux des vétérans (centre national pour la sécurité des patients). « Ce type de protocole a été développé pour la première fois au sein d’hôpitaux réservés aux vétérans américains, les tentatives de suicides et les suicides étaient nombreux, explique le Pr Jollant. Cette check-list permettant la sécurisation physique des lieux de soins a eu pour effet de réduire le nombre de suicides. »
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