Numéro unique : le rapport de l'IGAS divise urgentistes, libéraux et pompiers

Par Martin Dumas Primbault
- Publié le 19/12/2018
- Mis à jour le 19/12/2018
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Crédit photo : S. Toubon

On attendait qu'il mette tout le monde d'accord, c'est raté ! Le rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) dévoilé par « Hospimedia », qui préconise la mise en place d'un numéro unique d'urgences basé sur le 112 reposant sur des plateformes suprarégionales de gestion des appels, souffle le chaud et le froid sur la profession.

Lors de la huitième journée de régulation médicale de SAMU-Urgences de France (SUDF), mardi 18 décembre, son président, le Dr François Braun, a analysé un rapport qui ne colle pas exactement à ses propositions mais pourrait le satisfaire. SUDF avait exprimé sa volonté de mettre en place deux numéros distincts – un pour la santé, l'autre pour les secours. « Cela reste notre position socle mais si numéro unique il doit y avoir, c'est un 112 supra-départemental, agnostique et chargé uniquement du débruitage et de la réorientation d'appel », a réaffirmé l'urgentiste.

Le Dr Agnès Ricard-Hibon, présidente de la Société française de médecine d'urgence (SFMU) s'est dite de son côté « plutôt rassurée ». Elle craignait une dilution des appels relatifs à la santé dans le flot des appels de secours. « Les inspecteurs veulent faire en sorte que la plus grosse majorité des appels santé soit décrochée par des personnels de santé et c'est ce qui nous intéresse. »

Pour le Pr Pierre Carli, il faut rester méfiant face à la proposition de l'IGAS qui pourrait évoluer dans un sens défavorable aux urgentistes. Le médecin chef du SAMU de Paris illustre ses inquiétudes par l'exemple du 911 américain. « À l’origine, c'était un numéro distributif et agnostique mais il a évolué différemment selon les États. » Dans certains, il a gardé son fonctionnement d'origine, dans d'autres il a été capté par un des services. « À certains endroits, c'est la police qui décroche les appels et les répartit ensuite », alerte-t-il.

Les libéraux ne cachent pas leur joie

De leur côté, les libéraux saluent cette synthèse. En effet, dans les deux scénarios principaux qu'elle retient, l'IGAS insiste sur la nécessité de déployer le 116 117 pour la prise en charge des soins non programmés. Elle  répond ainsi à la CSMF qui estime « indispensable de distinguer les urgences vitales ou graves – qui nécessitent d’appeler le SAMU ou les pompiers – du besoin de joindre facilement le médecin de garde en médecine générale ».

Plus gourmand, le Syndicat des médecins libéraux (SML) veut, outre la généralisation du 116 117, des moyens pour la régulation libérale. Il met également comme préalable la modernisation des systèmes d'information du SAMU et des libéraux pour les rendre interopérables. Il demande en sus « une vaste campagne d’information en direction des patients sur le bon usage des différents numéros d’urgences ».

Les pompiers voient rouge

Comme souvent, c'est un autre son de cloche qui résonne du côté de l'Association des médecins urgentistes de France (AMUF). Celle-ci a exprimé son rejet du scénario proposé par l'IGAS, qualifiant le rapport d'« ubuesque ». C'est le découpage territorial en sept grandes régions, jugé centralisateur, qui irrite le syndicat du Dr Christophe Prudhomme. Pour lui, le département reste le seul échelon capable d'assurer une « réponse immédiate et adaptée aux appelants ». « Alors que les "gilets jaunes" demandent légitimement plus de proximité et plus de service public dans les territoires, ce rapport constitue une provocation », tonne l'AMUF.

Les pompiers aussi ont étrillé le rapport, sur le fond comme sur la forme. La Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) dénonce « une méthode déplorable », jugeant inacceptable d'avoir eu connaissance du document par voie de presse. La FNSPF se sent flouée et peste contre un « contenu partial et profondément défavorable aux sapeurs-pompiers ». Pour elle, l'intangibilité du principe de régulation médicale n'est pas possible. « Il serait temps, au contraire, de permettre aux sapeurs-pompiers de ne plus être considérés comme de simples effecteurs et ainsi d'améliorer la réponse apportée à la population », tance la fédération.