Les pharmaciens marchent-ils sur les plates-bandes des médecins ? La CSMF sonne l'alerte

Par Cyrille Dupuis
Par Loan Tranthimy
Publié le 29/11/2018
- Mis à jour le 15/07/2019
Carine Wolf-Thal

Carine Wolf-Thal
Crédit photo : S. Toubon

Prévention, addictions, nutrition, vaccination… Trop, c'est trop ! Plusieurs propositions présentées par la présidente de l'Ordre national des pharmaciens, Carine Wolf-Thal, ne passent pas auprès de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF). Elles proviennent d'un rapport ordinal détaillant 15 mesures pour « renforcer le rôle » des pharmaciens dans la prévention.

Selon l'officinale titulaire à Rouen, les pharmaciens ont des atouts majeurs à faire valoir pour développer la prévention grâce à leur maillage homogène et leur accessibilité. Pour l'Ordre, ils pourraient donc se voir confier diverses « missions complémentaires » pour promouvoir des comportements favorables de santé publique (lutte contre le tabagisme, alimentation) mais aussi en matière de vaccination, de dépistage, de prise en charge précoce des maladies chroniques, de prévention des complications et de la iatrogénie. « Les pharmaciens accueillent 4 millions de personnes par jour dont un grand nombre ne consultent pas régulièrement un médecin », peut-on lire dans la synthèse du rapport.

Entretiens rémunérés 

La liste de ces missions revendiquées est fournie. L'Ordre estime que les pharmaciens peuvent très bien réaliser « des entretiens formalisés de prévention »  à différents âges de la vie (25 ans, 45 et 65 ans), mener des entretiens pharmaceutiques rémunérés « d'initiation puis de suivi de l'aide à l'arrêt du tabac », prescrire « le cas échéant » des substituts nicotiniques remboursés par la Sécu ou formaliser une intervention dédiée au repérage du mésusage de médicaments.

Côté vaccins, le rapport propose d'instaurer des entretiens de suivi vaccinal mais surtout de promouvoir la vaccination de la population adulte par les pharmaciens (en élargissant l’autorisation de vaccination antigrippale dans les officines à toute personne adulte qui en fait la demande, aux rappels d’autres vaccinations chez l’adulte notamment en cas d’épidémies, etc.).  

Ce n'est pas tout. Pour « aller plus loin » en matière de dépistage, le rapport envisage de promouvoir le dépistage organisé du cancer colorectal par la remise en officine du kit de prélèvement, d'autoriser la réalisation de tests capillaires d’évaluation de la glycémie en pharmacie en dehors des campagnes de santé publique ou de permettre la réalisation de TROD du VIH, VHB, VHC en pharmacie. Enfin, il serait souhaitable d'inciter les pharmaciens à pratiquer des TROD « angines » à l’officine. 

Croquignolesque

Même si l'Ordre précise – pour les bilans de prévention par exemple – que « l'information du médecin traitant serait formalisée par une lettre de liaison ou par la messagerie sécurisée », ces propositions ont fortement agacé la CSMF.

Son président Jean-Paul Ortiz fait valoir que la consultation globale de prévention est demandée depuis longtemps par la profession, à des âges clés de la vie. « Sans nier leur apport, l'accorder aux pharmaciens alors qu'elle ne l'a pas été aux médecins serait pour le moins saugrenu et croquignolesque, tacle le néphrologue. La prévention est l'affaire de tous. Que le pharmacien ait un rôle, il n'y a pas de doute. Mais ce n'est pas à eux de faire les bilans de prévention. »

Pour la CSMF, en revanche, le pharmacien est l'expert du médicament ». « Les propositions d'évolution qui leur permettent d'apporter leur expertise pour améliorer l'observance du médicament sont acceptables. Mais si elles dépassent le périmètre, elles ne pourront se concevoir que dans le cadre d'une équipe coordonnée sous l'égide du médecin », précise-t-il. Même chose pour les thèmes de santé publique (tabagisme, alimentation, dépistage de certains cancers) qui ne peuvent se concevoir qu'« avec les médecins concernés ». 

Et de conclure : « Les modifications des contours de métier et des rôles de chacun ne doivent pas se faire de façon unilatérale par l'Ordre des pharmaciens. »  

 


Source : lequotidiendumedecin.fr