Des « vieux schnocks », les généralistes ? Débat tendu sur le pharmacien « prescripteur » entre le Dr Hamon (FMF) et le député Mesnier

Par
Anne Bayle-Iniguez -
Publié le 07/03/2019
rtl hamon mesnier

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Crédit photo : RTL

« Alors là, Thomas Mesnier vient de vous traiter avec beaucoup de politesse de vieux schnock en disant que les jeunes médecins, eux, sont prêts à jouer le jeu… »

Le journaliste Yves Calvi a provoqué ce jeudi 7 mars, sur les ondes de RTL, la colère du Dr Jean-Paul Hamon, président de la FMF déjà passablement énervé par le face-à-face qui l'opposait depuis quelques minutes au Dr Thomas Mesnier, député macroniste et urgentiste, auteur d'un amendement à la loi de santé qui autorise les pharmaciens à délivrer des médicaments à prescription obligatoire.

Le Dr Mesnier était venu défendre l'idée que les pharmaciens, désertification médicale oblige, sont aptes à délivrer des molécules pour des « pathologies du quotidien assez simple » comme l'angine, la conjonctivite et la cystite. « On connaît tous des jeunes femmes qui ont eu des infections urinaires qui sont très douloureuses qui attendent parfois deux, trois ou quatre jours pour trouver un médecin alors qu'en une dose d'antibiotiques, elles seraient soulagées », a-t-il plaidé sous les soupirs d'agacement du Dr Hamon. « Les pharmaciens sont des professionnels de santé qualifiés, et sous réserve d'une formation ad hoc sur un protocole qui serait certifié par la Haute autorité de santé, avec une information obligatoire au médecin traitant […], je pense que c'est vraiment l'avenir », a-t-il ajouté. 

Le ton est monté lorsque l'urgentiste a précisé que les « jeunes médecins sont assez favorables à cette démarche », contrairement aux syndicats de médecins plus âgés, dont il a qualifié la réaction de rejet « d'assez irrationnelle » et « peut-être un peu corporatiste », mot soufflé par Yves Calvi.  

Premier interne grand-père

Mécontent de la tournure de la discussion, le Dr Hamon a précisé d'une traite être « dans un groupe médical depuis 45 ans, [avoir] un fichier patient partagé depuis 22 ans, [utiliser] une messagerie informatique depuis 2002, [assurer] les soins non programmés et [avoir] un secrétariat permanent dans [s]on cabinet ». « Alors ne me dites pas : vieux schnock ! » a-t-il jeté au Dr Mesnier – qui ne l'avait pas dit. 

« Je suis très énervé car le vrai problème, c'est de redonner de l'attractivité, a complété le médecin. Je reçois des internes depuis 38 ans, mon premier interne est grand père. Les solutions, c'est de faire en sorte que les médecins s'installent. Il faut favoriser les stages et les primes comme le contrat d'engagement de service public (CESP). Quand les médecins viennent dans les zones prioritaires, ils découvrent une médecine qui est passionnante à exercer, pourvu que ce soit dans des bonnes conditions, avec du personnel et des locaux corrects. Voilà ce qu'il faut faire. »  

L'amendement du Dr Mesnier sera examiné à partir de la semaine prochaine en commission des Affaires sociales à l'Assemblée nationale. La ministre de la Santé Agnès Buzyn a indiqué que cette proposition nécessitait « encore un peu de travail ».  

 

FMF

Source : lequotidiendumedecin.fr