Comment faire des économies à l’hôpital ? Le mode d’emploi choc d’un think tank libéral

Par
Anne Bayle-Iniguez -
Publié le 17/04/2015

Crédit photo : PHANIE

L’hôpital doit être géré comme une entreprise. La médecine de proximité est libérale, pas hospitalière. C’est à partir de ces deux postulats que le cercle de réflexion libéral « Économie Santé », rattaché au journal « Les Échos », a émis une recommandation 2015 pour réformer les hôpitaux et trouver des économies.

Avec 38 % des dépenses de santé consacrées à l’hôpital, la France occupe le deuxième rang le plus élevé en Europe après la Grèce. L’Allemagne se contente d’y consacrer 29 % de ses dépenses de santé. Lits sous-occupés, durées de séjour parfois excessives, retard ambulatoire : autant de caractéristiques qui contribuent à doper la dépense hospitalière (à 93 % financée par l’assurance-maladie et l’Etat).

Libérer les hôpitaux du joug des maires

Pour changer la donne, le think tank dirigé par Philippe Leduc recommande d’abord de libérer l’hôpital de toute influence politique extérieure, en le laissant maître de sa réforme et de sa gestion interne. « Je suis souvent effaré de voir tel ou tel hôpital maintenu grâce à l’action d’un responsable local qui agite une pétition de principe mais se refuse à y mettre les pieds », s’agace Philippe Domy, président de la Conférence des directeurs d’hôpitaux de CHU et patron du CHU de Montpellier.

95 % des conseils de surveillance sont présidés par les maires, dont l’interventionnisme en faveur de l’emploi local – l’hôpital est souvent le premier employeur – se fait souvent au détriment des soins, déplore le think tank. Sans aller jusqu’à fermer la porte de l’établissement aux élus locaux, une « mesure dissuasive » (comme faire assumer au maire le déficit du budget hospitalier) apporterait plus de souplesse aux hôpitaux et aux directeurs, libre de leur stratégie sans pression politique.

Mieux mobiliser les équipes de direction

Deuxième axe fort : la responsabilisation accrue du management général et médical avec ses corollaires (objectifs chiffrés, incitation, référentiels, contrôle, évaluation, sanction). « Économie Santé » réclame une « réelle autonomie de gestion » pour les équipes médicales susceptibles de dégager elles même des économies d’efficience (réorganisation du travail, lutte contres les gaspillages, rationalisation des processus).

« L’hôpital doit embrasser la culture du gain modeste et revoir son organisation plutôt que la pratique clinique de ses équipes », explique le Dr Étienne Minvielle, directeur qualité à l’institut Gustave Roussy (Villejuif), premier centre européen de lutte contre le cancer.

Les médecins, après formation au management, devraient être récompensés pour leurs pratiques par des incitations financières à la qualité et à la performance. La carotte allant rarement sans le bâton, les experts ne sont pas contre une politique de sanctions à l’égard des professionnels qui ne joueraient pas le jeu.

Le think tank aborde de front la question des lits en excès, se livrant à un calcul « théorique mais intéressant ». Avec un taux de 62 % de chirurgie ambulatoire (scénario jugé crédible à l’horizon 2018), 34 500 lits seraient suffisants en hospitalisation complète (contre 80 000 lits de chirurgie aujourd’hui soit une surcapacité de 45 500 lits), observe-t-il.

Clarifier les messages à l’opinion publique

« Économie Santé » suggère enfin de jouer la transparence totale face à une opinion publique « émotive et versatile », spécialement lorsque l’avenir d’un établissement est en jeu. Les experts insistent : les patients doivent prendre conscience que « la proximité n’est pas un gage de qualité des soins ». Cela suppose d’expliquer sans langue de bois que « la qualité des soins est supérieure dans les établissements qui dépassent un certain volume d’actes ».

Anne Bayle-Iniguez

Source : lequotidiendumedecin.fr