Attentats à Paris : « Les médecins doivent s’attendre à avoir beaucoup de travail »

Par Christian Delahaye
Publié le 14/11/2015
- Mis à jour le 14/11/2015

« Les médecins ont un rôle essentiel à jouer après les événements épouvantables de Paris et de Saint-Denis, estime le Pr Richard Rechtman, psychiatre (Centre Philippe Paumelle) et anthropologue, ils doivent s’attendre à avoir beaucoup de travail dans les prochains jours et les prochaines semaines. Aujourd’hui en effet tout le monde est potentiellement victime du terrorisme. Sans être traumatisés au sens clinique du terme, les gens sont chamboulés. Les symptômes d’anxiété, avec des troubles du sommeil et de l’humeur, dans ce contexte, seront normaux et fréquents, mais ce n’est pas une raison pour ne pas les médiquer, ne serait-ce que modestement. »

Le directeur de recherche de l’EHESS qualifie d’« ânerie » le fait de refuser la prescription de traitements à des patients que la seule écoute ne parvient pas à soulager, en banalisant leur situation. « Les généralistes doivent les aider sans hésiter à prescrire des anxiolytiques, insiste-t-il, ni à les orienter vers un spécialiste. »

Le Pr Rechtman se souvient d’un net surcroît de fréquentation de sa consultation après les attentats de janvier, avec des patients souvent en pleurs. « Je leur expliquais qu’il est important de pleurer dans ces situations et que même les héros ont besoin de parler, d’être écoutés et aidés. »
 

« Les gens savent désormais qu'il va y avoir du sang et des larmes »

Aujourd’hui, « l’onde de choc est différente, avec un effet de surprise moindre, mais une ampleur beaucoup plus dramatique, observe-t-il. Les contacts que j’ai depuis ce matin marquent des réactions différentes de celles rencontrées en janvier : les gens expriment une combattivité nouvelle et bénéfique : ils savent désormais qu’il va y avoir du sang et des larmes et qu’il faut surtout se garder de se fixer sur des boucs émissaires à l’intérieur du pays. L’ennemi n’est pas chez nous. »

« Nous sommes affrontés à un ennemi aussi invisible que violent, constate de son côté le Dr Patrick Legeron (Hôpital Sainte-Anne). Cette invisibilité accroît l’impression d’être en danger, avec un sentiment d’impuissance qui suractive le mécanisme du stress. Sans aller jusqu’à parler, comme certains médias, d’un état de choc, le désarroi psychologique va réveiller d’anciennes somatisations. Les généralistes doivent s’appliquer à écouter et à parler pour créer du lien, surtout avec les patients isolés. »

Le psychiatre spécialisé dans les troubles psychosociaux recommande de repérer les états qui nécessitent des traitements, préconisant non des benzodiazépines, mais des antidépresseurs lorsque sont diagnostiquées des ESPT (états de stress post-traumatique).


Source : lequotidiendumedecin.fr