AP-HP : plusieurs services d'urgences en grève illimitée, Martin Hirsch joue l'apaisement pour éviter la contagion

Par Anne Bayle-Iniguez
- Publié le 15/04/2019
- Mis à jour le 15/07/2019
Urgences en greve

Urgences en greve
Crédit photo : S. Toubon

Le directeur général de l'Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) Martin Hirsch a reçu ce lundi l'ensemble des représentants syndicaux des personnels pour tenter de contenir le mouvement de grève illimitée qui se répand dans les services d'urgences du CHU francilien. Une nouvelle réunion de négociation doit avoir lieu « dans les 24 heures », a annoncé l'AP-HP au « Quotidien ». 

Depuis ce lundi (minuit), quatre hôpitaux ont rejoint le mouvement entamé le 18 mars à Saint-Antoine par la CGT et SUD : La Pitié-Salpêtrière, Lariboisière, Tenon et Saint-Louis (sur 25 services d'urgences du CHU). 

SUD a annoncé lundi en fin de journée avoir déposé quatre nouveaux préavis à Cochin, Robert Debré, au Kremlin-Bicêtre et à l'Hôpital européen Georges-Pompidou.

Outre les revendications propres à chaque établissement, les agents hospitaliers dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail et l'augmentation de la violence dans les services d'urgences – que ce soit le fait de patients ou d'accompagnants. Cinq agressions ont eu lieu à Saint-Antoine depuis le début de l'année.

Les grévistes réclament la création de postes infirmiers et aides-soignants, une prime mensuelle de 300 euros et la sécurisation de leur lieu de travail. Pour l'instant, « les réponses apportées par la direction générale de l’AP-HP ont été jugées très insuffisantes », ont déclaré lundi après-midi la CGT, SUD et FO, au sortir de la rencontre. « Le mouvement est en cours d’extension à l’ensemble des services d’urgences adultes et enfants de l’AP-HP, sans préjuger d’une extension régionale et nationale », assurent les syndicats. 

Spirale sociale infernale

Si la situation n'est pas nouvelle, le Dr Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France (AMUF) s'est inquiété ce lundi matin sur France Inter de la « spirale sociale infernale » de la violence que connaissent les services d'urgences franciliens, doublée d'une « violence institutionnelle » concrétisée à ses yeux par la « fermeture de trop de lits », à l'origine de ce « ras-le-bol total » des soignants. 

L'urgentiste n'exclut pas que les médecins de l'AP-HP, qui soutiennent « totalement » le mouvement selon lui, « aillent plus loin » dans leur engagement aux côtés des personnels grévistes. 

 

Le directeur général de l'AP-HP, Martin Hirsch, avait déjà tenté la semaine dernière de stopper la contestation en promettant 45 postes de soignants (non médicaux) supplémentaires (à répartir parmi les 25 services).

En début de mois, la direction du CHU a également détaillé à la commission médicale d'établissement le volet urgences de son plan d'action pour la « Nouvelle AP-HP ». Objectif : « actualiser les ratios en personnel médical et non médical en fonction de l’activité, diminuer les temps d’obtention des examens (scanners, biologie) et renforcer la gestion des lits pour déverrouiller l’aval des urgences ». 

L'AP-HP (39 hôpitaux) emploie 100 000 salariés, dont 12 500 médecins. Selon les chiffres du CHU, la médiane du temps de passage aux urgences adultes pour les patients non-admis est de 3 h 15 en 2018. Il faut dire que les services enregistrent une augmentation « régulière » de 3 % de l'activité par an en moyenne. 

L'enjeu du plan urgences est de limiter l'activité d'un point d'ici à 2023 par une série de mesures de régulation en amont (développement d'une offre de soins non programmés en ville, protocole de réorientation, hospitalisation directe) de la prise en charge.