La barrière culturelle dans la relation médecin-patient - Bien gérer vos consultations aujourd'hui

La barrière culturelle dans la relation médecin-patient

25.11.2016

État des lieux

La diversité culturelle française se manifeste aussi dans les soins médicaux. Ainsi, les praticiens sont parfois confrontés à des problèmes de communication, liés à la fois à des barrières dues à la langue et à des cultures différentes, des difficultés qu’ils doivent savoir surmonter pour prodiguer des soins de qualité.


Les médecins en première ligne

Concernés par la question du multiculturalisme, les médecins comptent parmi leurs patients des personnes dont le français n’est pas la langue d’origine. Certains sont confrontés à la souffrance sociale des migrants, qu’ils reçoivent notamment dans les cabinets médicaux des quartiers populaires, les centres de PMI ou les consultations médico-psychologiques. La médicalisation est souvent la seule réponse apportée à leurs tourments. Les praticiens sont aussi impliqués à l’hôpital, dans la mesure où l’institution sanitaire gère de plus en plus difficilement les différences culturelles, au même titre que les différences sociales ou psychologiques, perçues comme des interférences dans le traitement gestionnaire de la maladie. « Pour les médecins, la question de la culture n’est pas purement abstraite ; elle donne leur forme à l’expression des troubles et souvent aux symptômes, elle régit la communication entre patient et soignant, détermine le sens donné à l’épisode pathologique et à son traitement, régit les conséquences pour le patient et son entourage. Elle s’inscrit dans l’intime des corps et détermine l’efficacité de l’intervention médicale », estime Alice Desclaux(1).
 

Communiquer pour mieux soigner

Soigner un patient qui ne parle pas français se révèle être un exercice particulièrement difficile. Les professionnels de santé sont bien conscients qu’il n’est pas acceptable d’improviser face à des patients non francophones, en particulier pour la prise en charge d’une maladie grave. « Il est impossible de soigner sans communiquer avec le patient, sans tenir compte de sa parole et de son ressenti. Sinon, on se contente de faire de la médecine vétérinaire », affirme Liliana Saban, directrice de l’association Migrations Santé Alsace(2).
Or, « nous manquons cruellement d’outils ethnologiques pour comprendre comment fonctionnent les patients d’origine étrangère. La semaine dernière, j’ai reçu en consultation une patiente qui se croyait envoûtée. Il ne m’était pas possible de lui dire : “Mais non, vous ne l’êtes pas”. Il a fallu en tenir compte dans ma consultation et respecter sa croyance. De même, lorsque je reçois des petits patients d’origine maghrébine, j’évite de les regarder dans les yeux pour asseoir mon autorité de médecin. C’est une de mes amies professeurs qui me l’avait conseillé », explique la praticienne hospitalière. Selon Liliana Saban(2), l’interprète lui aussi doit aussi se garder de jouer un rôle de médiation culturelle trop direct. Car, dans certains pays, l’annonce d’une maladie grave n’est, en général, pas faite directement au patient, mais à ses proches.
De nombreuses initiatives ont donc été mises en place pour prendre en compte la culture dans la pratique médicale, dans le cadre de consultations interculturelles, ainsi à l’hôpital par cette association Migrations Santé Alsace depuis une vingtaine d’années, par le programme Migrant Friendly Hospitals de l’Union européenne, par des initiatives locales ou encore dans le cadre de projets pilotes(1).
 

Tenir compte des liens d’appartenance au groupe

Les médecins doivent aussi gérer des facteurs ethniques d’appartenance à une communauté. Un membre de la communauté des « gens du voyage » pourra ainsi venir accompagné de plusieurs de ses proches. Dans ce cas, le médecin le recevra seul ou accompagné d’une seule personne de son choix. « Ce lien très fort du groupe implique que la maladie touche aussi les autres membres, qui montreront en accompagnant le malade qu’ils se sentent aussi concernés. Le médecin doit en ternir compte. Un patient d’origine chinoise sera souvent accompagné de son fils, son porte-parole et décisionnaire. Autre exemple, un musulman adoptera une attitude de soumission par rapport à sa maladie, laissant les autres parler à sa place », explique un médecin généraliste. Dans d’autres cas, c’est le mari qui refusera que sa femme soit examinée par un médecin de sexe masculin. Mais un obstétricien du groupe hospitalier Diaconesses Croix Saint-Simon ne s’est jamais laissé impressionner par ces époux intransigeants. Il les remet toujours fermement à leur place.
 

Un interprète pour une meilleure communication

Quand le patient ne parle pas français, les proches peuvent être souvent très utiles en servant d’interprètes. Cette pneumologue de l’hôpital Européen Georges-Pompidou « utilise » la famille pour les traductions concernant les maladies courantes. Quand elle s’adresse au malade, elle « regarde d’abord le traducteur, puis le patient pour impliquer les deux dans l’échange ». Cependant, cette solution n’est pas toujours idéale. Avoir recours à des traducteurs « de fortune », c’est s’exposer à des erreurs de compréhension ou à des contresens qui peuvent se révéler très problématiques dans une relation de soins, selon l’association Inter-Service Migrants (ISM)-Interprétariat(2). Et la question du secret médical s’avère essentielle. De plus en plus d’hôpitaux font donc appel à des agents volontaires qui travaillent dans l’établissement. « Ils traduisent pour nous quand c’est compliqué, ajoute la spécialiste. La semaine dernière, j’ai pu ainsi expliquer à une patiente sri-lankaise qu’elle avait une pleurésie. » Et quand ils n’ont pas « sous la main » des traducteurs volontaires, ils recourent également à des interprètes extérieurs.
Christine Colmont

À retenir

La barrière culturelle peut être détournée grâce à une bonne communication, par le biais notamment d’interprètes ou d’agents volontaires d’établissements hospitaliers. Car les meilleurs soins doivent être prodigués aux patients, quelle que soit leur origine géographique et culturelle. 


REFERENCES

(1) Desclaux A. À propos de « Pratique médicale et identité culturelle », un rapport de l’Ordre des médecins. Bulletin Amades 2006 ; 65. À consulter sur le site : http://amades.revues.org/291

 
(2) Le poids des mots pour les patients venus d’ailleurs, La Croix du 13/09/2010. À lire sur Internet :
http://www.la-croix.com/Ethique/Sciences-Ethique/Sciences/Le-poids-des-m...
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