Avoir une activité annexe - Bien gérer vos consultations aujourd'hui

Avoir une activité annexe

25.11.2016

État des lieux

Ils sont médecins libéraux et exercent en parallèle une ou plusieurs activités. Qu’ils soient membres actifs d’un syndicat, d’une agence de santé, conseillés ordinaux, qu’ils s’investissent dans des actions de santé publique ou dans la politique locale, ces activités annexes leur permettent souvent de mieux investir au quotidien leur métier de médecin.

Le choix d’enrichir son activité

L’isolement, une certaine routine des journées au cabinet poussent certains médecins à développer une ou plusieurs activités qui les font « sortir du cabinet ». Pour Jean Godard, médecin généraliste libéral en Normandie, il s’agissait avant tout de se sentir actif vis-à-vis de la profession : « Je me suis installé en milieu rural à 29 ans et je n’ai jamais accepté la condition que l’on faisait à la médecine générale. J’avais envie de me battre pour cette profession. Les patients m’en convainquent tous les jours, notre rôle est fondamental. » Cinq ans plus tard, celui qui se décrit comme souvent « en colère » s’investit d’abord dans le syndicalisme, puis dans la formation médicale continue. Au fil des rencontres, ce passionné de prévention participe activement à la création, en Seine-Maritime, de la structure de dépistage des cancers dans son département (EMMA), puis à celle du réseau régional de cancérologie Onconormand et à celle du réseau périnatalité, trois structures dont il est aujourd’hui le vice-président. « J’avais besoin de transformer mes idées en actions, de ne pas céder à une certaine forme de renoncement. Sans ce combat, j’aurais peut-être sombré dans la dépression ou fait un burn out. »
 

Donner du sens à la pratique

Le choix de mener de front activité médicale et de s’impliquer dans une autre fonction traduit « une manière d’investir pleinement le métier au-delà de ce que serait une pratique minimale libérale » (1). Et si ce temps n’est pas nécessairement important en quantité, il traduit l’engagement que met le praticien dans son métier. D’ailleurs, pour ces médecins libéraux, ces activités ne sont pas perçues comme des compléments « mais comme des parties intégrantes de leur pratique de base, des choix déterminants qui donnent du sens à la pratique » (1). D’après une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) (2), 11 % des médecins généralistes exerceraient des activités auprès d’organisations professionnelles telles que URPS, Conseil de l’ordre, syndicats ou sociétés savantes. Ces médecins consacreraient en moyenne 3 heures par semaine à ces activités, les femmes autant que les hommes et pour la même durée hebdomadaire. Les proportions de médecins qui déclarent participer à des activités de syndicalisme et à l’Ordre des médecins ont diminué significativement depuis 1994. Ces deux activités concernent davantage les médecins de plus de 50 ans (3) et sont volontiers délaissées par les femmes, en particulier les activités ordinales puisque l’on compte en moyenne une seule femme élue au Conseil national de l’ordre des médecins pour une quarantaine de membres (4).
 

Gérer l’emploi du temps

Pour certains médecins, le temps de travail supplémentaire réclamé peut être marginal et nécessiter simplement de la lecture d’information. Pour d’autres, comme le Dr Godard, ce temps, difficilement estimé, peut être tendu et régulièrement menacé par la pression de la consultation (1). Mais la capacité du praticien à maintenir ces espaces réservés à ces activités complémentaires « est un signe fort de maîtrise de son activité professionnelle » (1). Certaines journées, cependant, prennent l’allure d’une course contre la montre : « Je travaille cinq jours sur sept au cabinet, certains soirs jusque 22 h 30. Depuis peu, je m’octroie une demi-journée par semaine que je consacre à ces activités. » Le reste du temps est pris sur le temps personnel et familial : « Je suis rarement présent chez moi le soir. » Mais ses quatre enfants et sa femme l’ont toujours encouragé : « Nous avons tous le même tempérament ! » Et quand il doit s’absenter une journée, il fait appel à des remplaçants ou s’organise avec ses associés.
 

Des praticiens hyperactifs

Les médecins qui, comme le Dr Godard, s’impliquent pleinement dans la mise en place de réseaux, d’actions de santé publique ou autres sont souvent « des praticiens hyperactifs qui multiplient les activités complémentaires à leur consultation » (1). S’il a aujourd’hui abandonné toute activité syndicale politique au profit de la santé publique pour, dit-il, « laisser la place aux jeunes », le Dr Godard ne cesse pourtant de multiplier les casquettes : membre de multiples commissions d’agences de santé et de soins ou réseaux, il est aussi membre du Conseil de l’ordre de son département depuis plusieurs années. Il se reconnaît dans ce profil du « praticien hyperactif » et se décrit comme un boulimique de travail : « Je veille souvent très tard pour achever divers travaux de rédaction. Longtemps, je n’ai dormi que 5 h par nuit. » Et même s’il avoue avoir souvent « tiré sur la corde en voulant tout mener de front », ses choix ont été garants de son équilibre : « Ils m’ont aussi permis d’acquérir une compétence croisée sur le système de santé et de soins, une véritable compétence généraliste en somme. » Car, pour la majorité de ces praticiens, bien qu’il s’agisse d’un temps qui se surajoute à de lourdes journées de travail, ce temps n’est pas perçu comme une charge, mais bien plutôt comme « un temps de valorisation de l’ensemble de la charge » (1).
 

Une source d’équilibre

Ces activités, parce qu’elles font rupture avec la cadence imposée par les consultations, ouvrent des espaces de respiration. Un temps souvent non rémunéré, mais gratifiant pour le praticien, source d’équilibre, où le partage, l’échange avec les pairs contrecarrent une activité médicale libérale souvent solitaire ; un temps qui va contribuer à nourrir l’investissement qu’il met dans son métier et le protéger de l’épuisement professionnel. « Le contact humain avec les patients est passionnant, mais j’aurais souffert de ne pas mener une démarche réflexive sur ma pratique », nous confie le Dr Godard. D’ailleurs, les situations où tout ou partie de ces activités sont abandonnées « peuvent constituer des situations de rupture de l’équilibre professionnel », leur abandon pouvant être vu comme « une forme de désinvestissement de la pratique » (1). Pas le cas, pour autant, du Dr Godard qui dit aujourd’hui « fourmiller d’envies et de projets ». Son souhait dans l’avenir : lever le pied au niveau des consultations, aller vers une activité mixte 50/50. « Il y a encore tant de choses que j’aimerais réaliser. »


Dr Patricia Martel, d’après un entretien avec le Dr Jean Godard, médecin généraliste libéral à Val-de Saâne (Seine-Maritime).


À retenir

(1) Micheau J, Molière E. Activité et emplois du temps des médecins libéraux. DRESS. Plein SENS n° 98 – mai 2010. http://drees.social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/serieetud98-2.pdf
(2) Jakoubovitch S, Bournot MC, Cercier E, Tuffreau F. Les emplois du temps des médecins généralistes. Études et Résultats. DREES. n° 797 – mars 2012. http://drees.social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/er797-2.pdf
(3) Baromètre santé médecins/pharmaciens. INPES. 2003. http://inpes.santepubliquefrance.fr/CFESBases/catalogue/pdf/793.pdf
(4) Lapeyre N, Robelet M. Les mutations des modes d’organisation du travail au regard de la féminisation. L’expérience des jeunes médecins généralistes. Sociologies Pratiques 2007 ; 14 : 19-30. https://www.cairn.info/revue-sociologies-pratiques-2007-1-page-19.htm

REFERENCES

Le choix d’enrichir son activité

L’isolement, une certaine routine des journées au cabinet poussent certains médecins à développer une ou plusieurs activités qui les font « sortir du cabinet ». Pour Jean Godard, médecin généraliste libéral en Normandie, il s’agissait avant tout de se sentir actif vis-à-vis de la profession : « Je me suis installé en milieu rural à 29 ans et je n’ai jamais accepté la condition que l’on faisait à la médecine générale. J’avais envie de me battre pour cette profession. Les patients m’en convainquent tous les jours, notre rôle est fondamental. » Cinq ans plus tard, celui qui se décrit comme souvent « en colère » s’investit d’abord dans le syndicalisme, puis dans la formation médicale continue. Au fil des rencontres, ce passionné de prévention participe activement à la création, en Seine-Maritime, de la structure de dépistage des cancers dans son département (EMMA), puis à celle du réseau régional de cancérologie Onconormand et à celle du réseau périnatalité, trois structures dont il est aujourd’hui le vice-président. « J’avais besoin de transformer mes idées en actions, de ne pas céder à une certaine forme de renoncement. Sans ce combat, j’aurais peut-être sombré dans la dépression ou fait un burn out. »
 

Donner du sens à la pratique

Le choix de mener de front activité médicale et de s’impliquer dans une autre fonction traduit « une manière d’investir pleinement le métier au-delà de ce que serait une pratique minimale libérale » (1). Et si ce temps n’est pas nécessairement important en quantité, il traduit l’engagement que met le praticien dans son métier. D’ailleurs, pour ces médecins libéraux, ces activités ne sont pas perçues comme des compléments « mais comme des parties intégrantes de leur pratique de base, des choix déterminants qui donnent du sens à la pratique » (1). D’après une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) (2), 11 % des médecins généralistes exerceraient des activités auprès d’organisations professionnelles telles que URPS, Conseil de l’ordre, syndicats ou sociétés savantes. Ces médecins consacreraient en moyenne 3 heures par semaine à ces activités, les femmes autant que les hommes et pour la même durée hebdomadaire. Les proportions de médecins qui déclarent participer à des activités de syndicalisme et à l’Ordre des médecins ont diminué significativement depuis 1994. Ces deux activités concernent davantage les médecins de plus de 50 ans (3) et sont volontiers délaissées par les femmes, en particulier les activités ordinales puisque l’on compte en moyenne une seule femme élue au Conseil national de l’ordre des médecins pour une quarantaine de membres (4).
 

Gérer l’emploi du temps

Pour certains médecins, le temps de travail supplémentaire réclamé peut être marginal et nécessiter simplement de la lecture d’information. Pour d’autres, comme le Dr Godard, ce temps, difficilement estimé, peut être tendu et régulièrement menacé par la pression de la consultation (1). Mais la capacité du praticien à maintenir ces espaces réservés à ces activités complémentaires « est un signe fort de maîtrise de son activité professionnelle » (1). Certaines journées, cependant, prennent l’allure d’une course contre la montre : « Je travaille cinq jours sur sept au cabinet, certains soirs jusque 22 h 30. Depuis peu, je m’octroie une demi-journée par semaine que je consacre à ces activités. » Le reste du temps est pris sur le temps personnel et familial : « Je suis rarement présent chez moi le soir. » Mais ses quatre enfants et sa femme l’ont toujours encouragé : « Nous avons tous le même tempérament ! » Et quand il doit s’absenter une journée, il fait appel à des remplaçants ou s’organise avec ses associés.
 

Des praticiens hyperactifs

Les médecins qui, comme le Dr Godard, s’impliquent pleinement dans la mise en place de réseaux, d’actions de santé publique ou autres sont souvent « des praticiens hyperactifs qui multiplient les activités complémentaires à leur consultation » (1). S’il a aujourd’hui abandonné toute activité syndicale politique au profit de la santé publique pour, dit-il, « laisser la place aux jeunes », le Dr Godard ne cesse pourtant de multiplier les casquettes : membre de multiples commissions d’agences de santé et de soins ou réseaux, il est aussi membre du Conseil de l’ordre de son département depuis plusieurs années. Il se reconnaît dans ce profil du « praticien hyperactif » et se décrit comme un boulimique de travail : « Je veille souvent très tard pour achever divers travaux de rédaction. Longtemps, je n’ai dormi que 5 h par nuit. » Et même s’il avoue avoir souvent « tiré sur la corde en voulant tout mener de front », ses choix ont été garants de son équilibre : « Ils m’ont aussi permis d’acquérir une compétence croisée sur le système de santé et de soins, une véritable compétence généraliste en somme. » Car, pour la majorité de ces praticiens, bien qu’il s’agisse d’un temps qui se surajoute à de lourdes journées de travail, ce temps n’est pas perçu comme une charge, mais bien plutôt comme « un temps de valorisation de l’ensemble de la charge » (1).
 

Une source d’équilibre

Ces activités, parce qu’elles font rupture avec la cadence imposée par les consultations, ouvrent des espaces de respiration. Un temps souvent non rémunéré, mais gratifiant pour le praticien, source d’équilibre, où le partage, l’échange avec les pairs contrecarrent une activité médicale libérale souvent solitaire ; un temps qui va contribuer à nourrir l’investissement qu’il met dans son métier et le protéger de l’épuisement professionnel. « Le contact humain avec les patients est passionnant, mais j’aurais souffert de ne pas mener une démarche réflexive sur ma pratique », nous confie le Dr Godard. D’ailleurs, les situations où tout ou partie de ces activités sont abandonnées « peuvent constituer des situations de rupture de l’équilibre professionnel », leur abandon pouvant être vu comme « une forme de désinvestissement de la pratique » (1). Pas le cas, pour autant, du Dr Godard qui dit aujourd’hui « fourmiller d’envies et de projets ». Son souhait dans l’avenir : lever le pied au niveau des consultations, aller vers une activité mixte 50/50. « Il y a encore tant de choses que j’aimerais réaliser. »


Dr Patricia Martel, d’après un entretien avec le Dr Jean Godard, médecin généraliste libéral à Val-de Saâne (Seine-Maritime).


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