Effondrements à Marseille : le dispositif de prise en charge psychologique a été élargi et renforcé

Par
Hélène Foxonet -
Publié le 27/09/2019

Crédit photo : AFP

Près d’un an après l’effondrement de deux immeubles indignes rue d’Aubagne, un dispositif de prise en charge médico-psychologique a été déployé dans le quartier sinistré.

Le 5 novembre 2018 exactement, Marseille était frappée d’une catastrophe collective majeure : l’effondrement en plein centre-ville, de deux immeubles insalubres, au 63 et au 65 de la rue d’Aubagne, faisant 8 morts. Ce drame a mis en lumière l’insalubrité de certains immeubles de la cité phocéenne. Il a été suivi par l’évacuation de plus de 350 immeubles, entraînant le délogement de 2 500 personnes. Un traumatisme terrible pour elles. Contraintes de rassembler quelques affaires en une trentaine de minutes, elles se sont retrouvées à la rue, en perte de repères géographiques, sociaux, psychiques, dans un environnement insécurisant.

Dans un premier temps, la cellule d’urgence médico-psychologique (CMP) est intervenue pour prendre en charge les personnes traumatisées par le drame, avec des professionnels formés au psychotrauma. « Conçu comme transitoire, ce dispositif, coordonné par le Dr Flavie Derynck, a dû être maintenu au regard du nombre de personnes finalement délogées. Dès le 1er mars, il a été décidé d’installer un nouveau dispositif et de renforcer le personnel des CMP du centre-ville. L’idée était que les équipes aillent vers ces populations au-delà de l’accueil existant », assure Karine Huet, déléguée départementale de l’ARS PACA.

Le dispositif en question, une cellule d’aide médico-psychologique (CAMP), a été créé au sein même de l’espace d’accueil des personnes évacuées, géré par l’association France Horizon, à quelques mètres de la rue d’Aubagne.

« Un sentiment de vie suspendue »

« Nous avons aussi créé une équipe mobile innovante afin de continuer à travailler auprès de ces populations, explique le Dr Flavie Derynck, coordinatrice de cette cellule. Car on sait faire face au deuil et au stress aigu ; mais là, on doit prendre en charge des personnes ébranlées, souvent prises par la sidération, mais qui, au fil du travail, peuvent arriver à rebondir et à reprendre leurs esprits pour aller mieux et rentrer si nécessaire dans un dispositif de droits communs. »

Au-delà des soins spécifiques et de l’orientation possible avec ce guichet unique, des équipes mobiles vont au-devant des personnes délogées dans les hôtels où elles se trouvent. « Nous sommes face à une population complexe, hétérogène, diffuse. Elle évoque un sentiment de vie suspendue », explique Grégory Bouchard, l’un des infirmiers qui procèdent aux maraudes.

Il s’agit de proposer un soutien adapté et surtout d’inscrire ces personnes, lorsque cela est nécessaire, dans un parcours de soins. Entretiens, thérapies, EMDR, hypnose, voire traitements médicamenteux, la panoplie des accompagnements proposés se veut large, à la hauteur du traumatisme vécu par ces personnes. Il y a aussi nécessité, parfois, à prendre en charge les maladies chroniques préexistantes, ou des cas de décompensations psychiatriques révélées par le drame.

« Il faut aussi sensibiliser les médecins de ville à ces symptômes et travailler en lien avec eux. En cas de délogement, nous avons besoin d’eux aussi pour poursuivre les traitements existants sur leur nouveau territoire », rappelle la coordinatrice de ce CAMP.

Aujourd’hui, la cellule d’aide médico-psychologique annonce une file active de 500 personnes. 

De notre correspondante à Marseille, Hélène Foxonet

Source : lequotidiendumedecin.fr