Vancouver conserve son centre d’injection supervisé de drogues

Publié le 03/10/2011

La Cour suprême du Canada a ordonné vendredi au ministre canadien de la Santé de permettre que le seul centre d’injection supervisée de drogues en Amérique du Nord reste ouvert. Le centre, baptisé Insite, qui a ouvert ses portes en 2003 grâce à une exemption relative à la loi fédérale sur les drogues, avait été remis en cause, en 2008, le gouvernement d’Ottawa refusant de renouveler cette dérogation. Il avait cependant pu rester ouvert à la faveur d’ordonnances prononcées par des juridictions mais contestées par le gouvernement qui avait fait appel.

La bataille judiciaire qui depuis trois ans opposait les responsables du centre, la ville de Vancouver et le gouvernement de la province vient donc de connaître son épilogue. Dans leur décision finale, les neuf juges de la Cour suprême estiment que la décision du ministre de refuser une dérogation à Insite viole le droit fondamental des toxicomanes à obtenir des services de santé et qu’elle met « leur santé » et « leur vie en danger ».

Fréquenté par 12 000 toxicomanes, le centre « a sauvé des vies et a eu un effet bénéfique sur la santé, sans provoquer une hausse des méfaits liés à la consommation de drogues et de la criminalité dans les environs », souligne la Cour suprême, rappelant que l’action d’Insite avait reçu l’appui « de la police de Vancouver, ainsi que des gouvernements municipal et provincial ». Les juges écrivent en outre que « priver la population des services d’Insite a un effet exagérément disproportionné par rapport aux avantages que le Canada peut (en) tirer. »

Les défenseurs d’Insite ont accueilli la nouvelle avec satisfaction. « La dépendance aux drogues est une question de santé publique et non de justice criminelle », a déclaré la présidente de l’Association canadienne de santé publique, Debra Lynkowski.

Une étude du « Lancet » d’avril 2011, réalisée par le Dr Thomas Kerr, responsable du centre d’injection supervisé de Vancouver, avait montré une réduction d’un tiers du nombre de décès par overdose aux alentours. Des résultats sur lesquels se fondent ceux qui, en France, réclament la mise en place, à titre expérimental, de salles d’injection. Récemment le Réseau français de réduction des risques a demandé aux candidats aux élections présidentielles de se prononcer sur le sujet.

 Dr L. A.

Source : lequotidiendumedecin.fr