CE NE SONT pas moins de 3 000 ménages qui sont interrogés actuellement en Ile-de-France pour l'étude Santé, inégalités et ruptures sociales (Sirs) lancée en 2001. Ils ont été tirés au sort dans 50 quartiers de villes d'Ile-de-France (Paris, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne), pour constituer un panel représentatif qui sera suivi pendant plusieurs années par l'équipe de recherche sur les déterminants sociaux de la santé et du recours aux soins de l'Inserm (unité 707), dirigée par le Dr Pierre Chauvin.
Les enquêtes préliminaires ont observé des liens entre la situation sociale des personnes, leur état de santé et leurs recours aux soins.
La première a eu lieu en 2001-2002 dans cinq zones urbaines sensibles (ZUS) d'Ile-de-France. Elle a notamment mis en évidence dans ces quartiers défavorisés, pour différentes raisons, la fréquence de la fragilisation, voire des ruptures, des liens de filiation, d'intégration et de citoyenneté : 22 % des personnes interrogées déclarent n'avoir personne à qui se confier et 10 % ne peuvent compter sur personne pour être aidé.
Le renoncement aux soins.
L'estime de soi est souvent dégradée et apparaît liée à la santé ressentie. Et si le pourcentage de personnes qui ont renoncé à des soins pour des raisons financières (14,7 %) est identique à celui mesuré en population générale, ce renoncement est aussi fortement lié aux ruptures sociales durant l'enfance, à la situation familiale, à l'estime de soi, au degré d'acceptation de la maladie et à la priorité accordée à sa santé. D'où la validation de l'hypothèse de départ : l'intérêt d'étudier, par rapport à l'état de santé et au recours aux soins, non seulement les caractéristiques socio-économiques classiques, mais aussi les conditions de vie, les situations d'intégration sociale et les attentes des personnes et leurs représentations de la santé.
Une autre enquête, plus récente, s'est intéressée à deux quartiers parisiens défavorisés (Belleville-Amandiers et Saint-Blaise, dans le 20e arrondissement). Elle montre également l'influence des conditions de vie sur le recours aux soins et sur la santé (« le Quotidien » du 7 juin 2004).
L'étude actuelle, élargie à la population générale, se propose d'approfondir ces résultats pour mieux comprendre les inégalités sociales de santé en milieu urbain. La recherche en Ile-de-France, conduite en collaboration entre l'unité 707 de l'Inserm et l'Eris (équipe de recherche sur les inégalités sociales, Cnrs-Ehess), est coordonnée par Isabelle Parizot (Inserm U707). Elle s'inscrit dans une recherche internationale qui permettra des comparaisons entre plusieurs grandes villes du monde (Antananarivo, New York, Paris, Sao Paulo et Varsovie, et peut-être d'autres en Asie).
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